Carl Gustav Carus

Carl Gustav Carus

Portrait de Carl Carus par Julius Hübner, 1844.

Naissance
Décès
(à 80 ans)
Dresde
Abréviation en botanique
Carus
Nationalité
Activités
Formation
Lieu de travail

Carl Gustav Carus (né le à Leipzig, mort le à Dresde) est un médecin et peintre allemand (plus précisément Saxon). Il s'est intéressé à la psychologie et à l'étude de l'âme. Sa philosophie relève de la naturphilosophie et son esthétique du romantisme allemand. Il excella en médecine générale, obstétrique, physiologie animale, anatomie, botanique, géologie, peinture de paysage, esthétique de la peinture romantique, philosophie.

Biographie

Carl Gustav Carus naît en 1789 à Leipzig, ville de l'Électorat de Saxe.

Encore élève à Leipzig, il prend de Julius Diez des leçons de dessin ; il étudie ensuite avec Johann Veit Schnorr von Carolsfeld (1764–1841) à l'Académie de dessin. À l'université de Leipzig, il étudie la physique, la botanique, la chimie, la médecine.

En 1811, à 22 ans, il est reçu, après six années d'études, docteur en médecine et docteur en philosophie. Dès cette année, le premier, il enseigne à l'université l'anatomie comparée et avec quelques camarades fonde une société savante, l'Académie de Médecine de Dresde. À partir de 1813, il enseigne la peinture à l'huile selon la technique du paysagiste Johann Christian Klengel, de Dresde.

Lors de la bataille de Leipzig, en octobre 1813, il contracte le typhus[1].

À Dresde, en Saxe, dès 1814, sous le règne de Frédéric-Auguste Ier, il est professeur d’obstétrique à l'Académie royale médico-chirurgicale et, jusqu'en 1827, directeur de l'Hôpital de maternité. Il se lie, en 1817, au peintre et graveur Caspar David Friedrich (1774-1840), célèbre pour ses paysages romantiques.

En 1819, sur l'île de Rügen, Carus fait l'expérience romantique du paysage :

«Là, je découvris un endroit où, le vent d’est animant plus fortement les flots, les vagues roulaient plus haut leur masse brune, se déversaient en écume et, se régénérant sans cesse, se fracassaient contre le sable de la côte. Je voulais jeter quelques études sur le papier, mais à peine eus-je esquissé quelques traits que je lançai mon carton au loin, persuadé qu’ici chaque trait était une profanation de ce phénomène qui laisse pantelant d’émotion et, bouleversé, je demeurais les yeux fixés sur ce combat grandiose entre les éléments."

Ses premières huiles sont influencés par Friedrich ("Sépulture préhistorique au clair de lune", 1820). Il rencontre Goethe (1749-1832) en 1821 et entretient avec lui une correspondance jusqu'en 1832.

Il fonde en 1822, avec Lorenz Oken (1779-1851), la Société germanique des naturalistes et médecins.

En 1827 il est nommé médecin personnel et conseiller d'État du roi de Saxe, Antoine Ier de Saxe (de 1827 à 1836). Cette charge lui sera conservé sous les règnes de Frédéric-Auguste II (de 1836 à 1854), et Jean Ier de Saxe (de 1854 à 1867).

En 1828 (Von den Ur-Theilen des Knochen- und Schalengerüstes), influencé par Goethe, il élabore le concept d'archétype vertébré : toutes les parties solides des animaux ne sont que des variations d'un type général (la vertèbre), elle-même dérivée d'une forme sphérique fondamentale ; l'idée sera reprise en 1848 à Londres par Richard Owen (On the Archetype and Homologies of the Vertebrate Skeleton).

Vers 1830 il commence à s'intéresser à l'anthropologie.

Ses Neuf Lettres sur la peinture de paysage (1831) ont été considérées comme la théorie par excellence du paysage romantique allemand. Il présente la « peinture de paysage » comme Erdlebenerlebnis (expérience de la communion avec la vie de la terre) et Erdlebenbildkunst (art de la représentation de la vie de la terre). Dans le même ouvrage, il conçoit, sous l'influence d'Alexander von Humboldt (Tableaux de la nature, 1808) une « Physiognomonie des montagnes ». Dans la septième lettre, il déclare :

« À l’aide d’une attention seulement un peu plus soutenue de la part de l’observateur, et d’un sens des formes suffisamment développé, on ne peut en effet absolument pas ignorer que les différentes grandes espèces de masses montagneuses se caractérisent par divers contours et dessins, que les montagnes originelles par exemple se distinguent par des formes abruptes et pointues, les plus basses de ces montagnes, qui ont subi l’érosion, par des croupes grandioses et onduleuses, les formations trachytiques, apparues plus tard, par des parois rocheuses et des aiguilles abruptes surgies violemment, les volcans par des sommets et des coupoles levés comme des bulles, les montagnes de transition ou sédimentaires par des crêtes s’étendant sur une grande distance et clairement transformées par les courants violents des eaux originelles. Si l’on faisait plus attention à ces caractéristiques que jusqu’à maintenant, et si l’on poussait cette physiognomonie à un certain point de perfection, on n’augmenterait pas seulement l’intérêt des voyages en montagne d’une manière significative, on ferait aussi progresser l’art de la peinture de paysage. »

Ses Leçons de psychologie (Vorlesungen über Psychologie, 1831) marquent la naissance d'une conception psychosomatique de l'homme et de la maladie. D ans Psyché, histoire du développement de l'âme humaine (Psyche; zur Entwicklungsgeschichte der Seele, 1846), son œuvre maîtresse, il distingue inconscient, conscience périphérique (Weltbewusstein), conscience de soi ; ce livre s'ouvre par ces mots :

"La clé de la connaissance de la nature de l'âme est à chercher dans le règne de l'inconscient. D'où la difficulté, sinon l'impossibilité, à comprendre pleinement le secret de l'âme. S'il était absolument impossible de retrouver l'inconscient dans le conscient, l'homme n'aurait plus qu'à désespérer de pouvoir jamais arriver à une connaissance de son âme, c'est-à-dire à une connaissance de lui-même. Mais si cette impossibilité n'est qu'apparente, alors la première tâche d'une science de l'âme sera d'établir comment l'esprit de l'homme peut descendre dans ses profondeurs."

Dans ce livre, qui influença Freud, la psychologie du rêve est amorcée.

Carus étudie la physiognomonie (Symbolik der menschlichen Gestalt, 1853). Il combat le darwinisme en 1861 (Symbolique comparée des squelettes de l'homme et du singe) et 1866 (Natur und Idee).

De 1862 à 1869 il est président, sous le nom de Cajus II, de la Leopoldina (Leopoldinisch-Carolinischen Akademie der Naturforscher), à Halle.

Il laisse des Mémoires (Souvenirs et Pensées, Lebenserinnerungen und Denkwürdigkeiten, 1865-1866). Il cesse d'exercer comme médecin en 1867.

Il meurt en 1869 à Dresde.

L'Académie de médecine de Dresde, fondée en 1954, porte son nom : Medizinische Akademie „Carl Gustav Carus“ Dresden (MAD).

Anatomie philosophique

En 1818, C. G. Carus défend dans Traité élémentaire d’anatomie comparée une conception hiérarchique du monde animal. "Il s’appuie, au plan anatomique, sur une théorie de la constitution de l’endosquelette par la répétition des segments : le tronc résulterait du développement des protovertèbres (côtes), la tête du développement des deutovertèbres (vertèbres crâniennes), et les membres de celui des tritovertèbres (os de membres). Comme chez Oken on trouve chez Carus la volonté de faire correspondre la hiérarchie des structures (les trois types de vertèbres) à celle des fonctions physiologiques (végétative, locomotrice et sensorielle). Ainsi, chez l’animal le plus élevé, le tronc est caractérisé par la vie végétative, la tête par la vie sensitive, et les membres par la vie locomotive. « Le squelette des animaux supérieurs est en quelque sorte l’empreinte solidifiée du système nerveux » ajoute-t-il : c’est la raison pour laquelle aux trois parties des « masses cérébrales » correspondent un nombre égal de vertèbres crâniennes. À ces dernières, s’ajoutent trois vertèbres « faciales » et quatre vertèbres « intermédiaires », Carus dénombre finalement comme Goethe dans la constitution du crâne six vertèbres céphaliques auxquelles s’ajoutent quatre « vertèbres intermédiaires » dont le rang est moins élevé."

Naturphilosophie

"Grand métaphysicien de la vie (Psyche, 1846 ; Symbolik der menschlichen Gestalt, 1853), désireux de marquer ses distances à l'égard du panthéisme, c'est lui qui crée les mots d' "enthéisme" et de "panenthéisme" pour préciser que si le divin est en toute chose, tout n'est pas en Dieu" (Antoine Faivre).

Carus est le premier théoricien de l'inconscient. "Il se représente l'univers comme un organisme où la nature et l'esprit sont unis au sein d'un Inconscient auquel l'homme participe par son corps et par son propre inconscient ; mais la conscience de l'individu rompt souvent cette harmonie, et nos maladies ne font qu'exprimer la rupture du lien originel qui unit le corps à l'âme" (Antoine Faivre).

"La nature, en tant qu’elle provoque sans interruption de nouveaux phénomènes ou signes de sa vie intérieure, est l’organisme absolu ou macrocosme. Tout être naturel qui se développe de lui-même ne pouvant subsister que dans l’organisme général de la nature, et sa vie n’étant qu’une émanation de la vie supérieure et primaire, on l’appelle organisme partiel, fini, individuel ou microcosme, et son développement n’est possible que sous l’influence de la vie générale de la nature."

Esthétique de la peinture de paysage

Dans ses Neuf Lettres sur la peinture de paysage (Neun Briefe über Landschaftsmalerei, 1831), C. G. Carus, ami de Goethe et de Caspar David Friedrich, offre ici la théorie esthétique de la peinture de paysage propre au romantisme allemand. Il conçoit la peinture comme une révélation de l'invisible. Grâce à l'œuvre, la nature est saisie dans une fusion autant physique que mystique. Il y a Erdlebenerlebnis, expérience de communion avec la vie de la terre.

"Quels sentiments s’emparent de toi lorsque gravissant le sommet des montagnes, tu contemples de là-haut la longue suite des collines, le cours des fleuves et le spectacle glorieux qui s’ouvre devant toi ? — tu te recueilles dans le silence, tu te perds toi-même dans l’infinité de l’espace, tu sens le calme limpide et la pureté envahir ton être, tu oublies ton moi. Tu n’es rien, Dieu est tout."
"En Souvenir de Sorrente", 1828

Carus peintre

Carus a peint 400 tableaux. On trouve ses œuvres dans les musées de Düsseldorf ("Paysage alpin", 1822 ; "Promenade en barque sur l'Elbe", 1827), Dresde (neuf paysages, dont "Les Chênes au bord de la mer"), Karlsruhe ("Atelier au clair de lune", 1826), Leipzig ("Le Cimetière d'Oybin", 1828 ) et Hambourg.

Notes et références

  1. Cf. Carl Gustav Carus, Pensées et Souvenirs [« Lebenserinnerungen und Denkwürdigkeiten »], Weimar, 1865-1866 (réimpr. 1966), 4 volumes (lire en ligne).
  2. Exposition au Louvre, « De l’Allemagne 1800-1939, de Friedrich à Beckmann », Dossier de l’art, vol. Hors série, no 205, , p.27
  3. (de) Georg-W. Költzsch, Phoenix Folkwang : Die Meisterwerke, Dumont, , 280 p. (ISBN 3-8321-4994-5), p. 64

Bibliographie

Œuvres de C. G. Carus

Sciences naturelles
Médecine
Psychologie, physiognomonie, étude de l'âme
Art

Traductions en français

Études sur C. G. Carus en français

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Carus est l’abréviation botanique standard de Carl Gustav Carus.

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