Han Gan

Han Gan
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Han Gan ou Han Kan est un peintre chinois de la dynastie Tang, actif au milieu du VIIIe siècle, vers 742-756. Il serait peut-être né en 706 et mort en 783. Il est resté célèbre en tant qu'artiste spécialisé dans la peinture de chevaux, avant que n'apparaisse la distinction entre peintres professionnels et peintres lettrés amateurs.

Chevaux et palefrenier. Copie d'après Han Gan (?)[1]. Encre et couleur sur soie. Feuille d'album 27,5 × 34,1 cm. Musée national du palais. Taipei

Biographie

La biographie de Han Gan est mal connue. Il serait selon diverses sources originaire de la province du Henan ou du Shanxi. Issu d'une famille pauvre il serait venu habiter la capitale Chang'an, comme petit commis chez un marchand de vins ou dans un restaurant. Son talent est alors remarqué par l'illustre poète et peintre Wang Wei qui l'aurait aidé financièrement à apprendre et exercer le métier de peintre. C'est ainsi qu'il devient peintre de figures et notamment de fresques bouddhiques [2]. Vers 750 le jeune Han est convoqué à la cour où l'empereur Xuanzong, l'invite à se mettre à l'école de Chen Hong grand peintre de chevaux au service de l'empereur au VIIIe siècle [3]. Mais le jeune artiste professionnel ayant produit des représentations bien différentes de celle de Chen Hong, il s'en serait justifié en disant que ses seuls maîtres étaient les chevaux eux-mêmes, dans l'écurie de l'empereur : un naturalisme en rupture avec la stylisation d'usage par convention auparavant.

Jeux d'analogies : deux peintures exemplaires

La peinture de chevaux à l'époque des Tang

Portrait de cheval anciennement attribué à Han Gan[7], Le coursier "Blanc à illuminer la nuit", cheval favori de l'empereur Xuanzong des Tang, encre sur papier, ens. 30,8 × 34 cm, Metropolitan Museum.

Si Han gan doit sa célébrité à ses peintures de chevaux il faut aussi considérer que son succès participe de la naissance du genre « peinture de chevaux » à côté de la traditionnelle peinture de portraits. Cette petite révolution s'explique. Dans la Chine des Tang les confrontations avec les peuples qui disposent de chevaux plus rapides que le traditionnel poney chinois sont constantes. Les Tang vont déployer un luxe de stratégies pour acquérir des chevaux de grande qualité auprès des peuples qui en élèvent. Il faut aussi entrainer son élite aristocratique à une véritable culture du cheval. Ainsi la peinture qui témoigne de cet engouement orchestré par l'empereur pour le polo, la chasse et les joutes, montre indirectement que le cheval est devenu l'auxiliaire indispensable de la conquête et de l'expansion vers l'Asie centrale, avec la maîtrise de la Route de la soie et du commerce qui enrichit l'empire. Le peintre est donc associé à la célébration des splendides écuries de l'empereur dans ce contexte politique et culturel[2].

À l'époque de Han Gan le cheval dont on veut conserver l'image n'est plus seulement un coursier entrainé pour la bataille. Les chevaux, sculptés dans la pierre, qui ont monté la garde sur le tombeau de l'empereur Taizong, résistants et trapus, sont remplacés par d'innombrables montures de luxe. Les écuries impériales alors comptent quarante mille chevaux. Chen Hong et Han Gan sont conviés à faire le portrait des montures favorites du souverain. Un grand nombre de ces étalons sont convoyés à la capitale depuis les régions lointaines du Ferghana et de Khotan : en signe de soumission ou d'alliance, comme tribut. Les peintures qui en sont faites ne font que perpétuer l'hommage rendu par les nations étrangères au prestige de la cour chinoise: elles revêtent par elles-mêmes une dimension historique[8].

Les héritiers : hommages, références, copies ... et faux !

L'empereur Xuanzong et à sa suite ceux qui virent les originaux ont été frappés par le naturalisme avec lequel Han Gan donne vie à ses modèles. La légende évoque ainsi une peinture de Han Gan qui prend vie dans le feu qui la détruit. Dans cette culture de cour à son apogée, où l'on voit jusqu’aux femmes[9] pratiquer le polo, l'artiste pose les codes de la représentation du cheval et le jeu des allusions ou des symboles qui lui sont associés. Plus tard, les peintres spécialistes professionnels ou les lettrés, de Li Gonglin àZhao Mengfu feront jouer toutes les significations associées au cheval selon son attitude, selon la situation et la mise en scène créée, selon l'écriture qui le fait vivre dans l'image.

Ce succès mérité génère aussi son lot de faussaires : mais il ne suffit pas d'inscrire la signature de Han Gan sur tout portrait de cheval un peu ancien pour générer toute la richesse des associations que ce peintre hors pair a su créer entre le splendide animal et l'homme[2].

Musées

Le coursier « Blanc à illuminer la nuit ». L'ensemble du rouleau.

Notes et références

  1. Cette peinture est réalisée avec des traits fins pour représenter les vêtements du palefrenier tartare et, localement, avec des traits angulaires qui rappellent le style de Li Gonglin (1049-1106). Aussi, bien que l'empereur Song Huizong (1082-1131) ait attesté sur la peinture qu'il s'agit bien d'une peinture de Han Gan, on peut penser qu'il s'agit d'une copie réalisée à l'époque des Song, exacte quant à l'ensemble - les caractéristiques des chevaux occidentaux dont les Tang étaient fiers - mais avec des effets de style caractéristiques des Song. L'excellente qualité de la copie en faisait l'équivalent d'un original dès l'époque de Huizong. Référence : Lin Po-Ting dans: Chang Lin-Sheng et al.1998, p. 262.
  2. 1 2 3 Dictionnaire Bénézit 1999, p. 726
  3. Nicole Vandier-Nicolas 1983, p. 48 et Lesbre et Jianlong 2004, p. 428
  4. « Han Gan entend donner à l'observation de la nature le pas sur les stylisations archaïques » : Nicole Vandier-Nicolas 1983, p. 66
  5. Mais cette œuvre qui porte une inscription qui semble écrite par le dernier souverain des Tang du Sud, Li Yü (937-978), n'est pas attribuée à Han Gan par Zhang Yanyuan, célèbre historien de la peinture, deux siècles après la mort du peintre. (Lesbre et Jianlong 2004, p. 470 note 5).
  6. Yang Xin et al.1997, p. 147
  7. Cette attribution est aujourd'hui reconnue comme étant « improbable (Lesbre et Jianlong 2004, p. 366), il s'agit vraisemblablement d'une réalisation plus récente ».
  8. Yang Xin et al. 1997, p. 78
  9. Les célèbres joueuse de polo sont un motif plein de vie que l’on trouve dans les ‘’mingqi’’ d’époque Tang, comme celles du musée Guimet, à Paris.
  10. Reproduit dans James Cahill 1960, p. 71

Bibliographie

Liens externes

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