Jacob Jordaens

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Jacob Jordaens

Autoportrait avec sa femme et sa fille Elisabeth (1621-1622), Madrid, musée du Prado.

Naissance
Décès
(à 85 ans)
Anvers
Nationalité
Activité
Maître
Mouvement
Influencé par
Œuvres réputées

Jacob Jordaens (en français parfois Jacques Jordaens et en néerlandais Jacobus Jordaens) est un peintre et graveur flamand, né le à Anvers, où il meurt le .

Biographie

Jacob Jordaens est l'un des trois maîtres renommés de l'école de peinture anversoise du XVIIe siècle, avec Pierre Paul Rubens et Antoine Van Dyck. Au contraire de ces deux peintres contemporains, Jacob Jordaens n'a jamais voyagé en Italie pour étudier les œuvres de la Renaissance italienne et séjourne principalement à Anvers, hormis quelques brefs voyages dans les régions avoisinantes et en Hollande.

Son père, marchand de toiles ou de serges, épouse le Barbara van Wolschaten. La naissance de Jacob, leur premier enfant, est suivie de dix autres : huit filles et deux fils. On sait peu de choses sur les frères et sœurs de Jacob, seulement que l'une des filles deviendra religieuse et que deux autres seront béguines, tandis que l'un des fils entrera chez les Augustins. La famille Jordaens appartient à la bourgeoisie aisée : leur maison se situe dans la Hoogstraat[1] (La Rue Haute), une des rues les plus connues pour le commerce de draps à Anvers, et conduisant de la Grand-Place (Groote markt) au Rivage (Oever), deux places et centres de commerce renommés. En 1615, il représentera sa famille dans Portrait de l'artiste avec sa famille, tableau conservé aujourd'hui au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.

Jordaens est baptisé le , comme en témoignent les registres baptistaires de l'église Notre-Dame d'Anvers, église catholique. Son enfance est peu connue, mais il a probablement reçu une éducation suffisante, caractéristique de la bourgeoisie de son époque. L'an de guilde 1607-1608, il est inscrit dans les registres de la guilde anversoise de Saint-Luc comme élève d'Adam van Noort, peintre flamand dont les tableaux restent d'attribution douteuse.

Adam Van Noort était luthérien, mais lors de la Contre-Réforme à Anvers, il dut, de même que sa famille et que certains peintres, dissimuler ses orientations religieuses. Il est certain que Jordaens n'a jamais eu d'autre maître que lui. S'il n'a pas sa place dans la galerie des peintres célèbres, il a néanmoins dû être doté de qualités pédagogiques exceptionnelles, car de nombreux élèves sont venus se former chez lui : les Liggeren, registres de la guilde anversoise de Saint-Luc, n'en mentionnent pas moins de trente-cinq. Toutefois, si son nom est entré dans les annales de la peinture, c'est surtout grâce à la gloire de deux de ses élèves, Rubens et Jordaens. Ce dernier lui est certainement très attaché, il dessinera ou peindra à plusieurs reprises sa magnifique et vénérable tête de vieillard, et cela d'une manière qui prouve tant son affection que son respect.

L'an de guilde 1615-1616, Jordaens est reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc d'Anvers et inscrit dans ses registres comme "waterscilder" (peintre à la détrempe)[2]. Comme Jordaens s'affirme très vite comme un artiste de talent, il se consacre presque exclusivement à la peinture à l'huile, bien plus rentable. Le , il épouse catholiquement à l'église Notre-Dame d'Anvers Catharina Van Noort, fille aînée de son maître, de quatre ans plus âgée que lui. De leur mariage naîtront trois enfants : Elisabeth (1617), Jacob (1625) et Anna Catharina (1629). Jusqu'en 1618, le couple vit dans l'Everdijstraat avec la famille Van Noort, composée des parents et de six enfants. Ensuite, il achète une maison située dans la Hoogstraat, la rue où se trouve la maison natale de Jordaens. Cette nouvelle demeure se compose d'un arrière-corps avec portail d'entrée et petite cour[3]. Sa fortune s'accroissant de façon constante, il décide de se construire une maison digne de son état et apte à abriter les activités toujours plus importantes de son atelier. À cette fin, il acquiert en 1639 la résidence du marchand Nicolaas Bacx, voisinant l'arrière-corps de maison qu'il habite et qui est pourvue d'un bâtiment arrière. Mise à part une façade du bâtiment antérieur datée de 1641 et celle de l'atelier, il n'est rien demeuré d'important de ce qui fut édifié par Jordaens.

En 1659, il fait partie des quatre cents habitants les plus riches d'Anvers[4].

Évolution des convictions religieuses de Jacob Jordaens.

Le , sa femme Catharina est insultée et menacée en passant devant la maison de l'orfèvre Van Mael. Deux jours plus tard, la femme de l'orfèvre, son époux et quelques complices apparaissent dans la Hoogstraat pour insulter les membres de la famille Jordaens et les menacer avec un couteau. Jordaens porte plainte près du Magistrat de la ville. Par un arrêt provisoire, défense est faite à Van Mael et son épouse de porter dommage soit par des actions, soit en paroles aux membres de la famille Jordaens. Ces incidents montrent que la famille van Noort est restée fidèle à la Réforme. Quant à Jacob, il vogue probablement entre deux courants religieux au moins jusqu'au , date à laquelle il fait une déclaration "sur l'honneur, devant Dieu et devant ses saints".

Sa femme Catharina van Noort décède le , elle est enterrée à l'église (ou au cimetière) de la communauté calviniste de Putte, située de l'autre côté de la frontière hollandaise. En novembre-décembre 1660, appelé comme témoin à un procès à Anvers concernant l'authenticité d'une série d'Apôtres, attribuée à Van Dyck, il jure uniquement devant Dieu (et non pas devant ses saints). De l'Église catholique, qui devait pourtant être informée de son apostasie, il continue à recevoir des commandes dont plusieurs grands tableaux d'autel, tels Le Christ en croix pour le maître-autel de l'église Saint-Gommaire à Lierre (œuvre actuellement conservée à la cathédrale de Bordeaux, ou encore Jésus parmi les docteurs de la Loi, datée de 1663 et destinée, à l'origine, au maître-autel de l'église Sainte-Walburge de Furnes, mais conservée actuellement au Landesmuseum de Mayence. En 1671, sept ans avant sa mort, il est admis, avec sa fille Élisabeth et deux servantes, à participer à la Cène de la communauté calviniste "De Brabantsche Olijftberg" (Le Mont des Oliviers Brabançon) d'Anvers, affichant ainsi délibérément sa conversion au calvinisme.

Jordaens meurt le , sa fille Elisabeth, qui était toujours demeurée à ses côtés, meurt la même nuit[5]. Jordaens et sa fille sont inhumés à Putte, République des Sept Pays-Bas-Unis à cette époque là[6].

Plusieurs protestants furent enterrés à cet endroit en raison du fait que le village était situé dans les Provinces-Unies et qu'il possédait un petit temple protestant. À l'emplacement du temple disparu à ce jour et du cimetière, se dresse, depuis 1877, un monument commémoratif que l'on doit au sculpteur belge Jef Lambeaux. Les dalles funéraires des tombes de Jordaens et de ses disciples, Van Pape et Van Stalbemt, y sont imbriquées dans le piédestal[7].

Sa peinture

Il s'inspire de peintres contemporains, tels Jan Brueghel l'Ancien, Abraham Janssens van Nuyssen, ou encore Hendrick van Balen, et il collabore à plusieurs reprises avec Rubens, de 1620 à 1640, notamment pour les œuvres destinées à la décoration de la Tour de la Parada, le pavillon de chasse de Philippe IV d'Espagne. Il réinterprète également plusieurs de ses tableaux, tels Érichthonios découvert par les filles de Cécrops (Rubens, vers 1615) en 1617 et 1640 ; Adam et Ève (Rubens en 1628-29) vers 1640 et Saint Christophe portant l'enfant Jésus (Rubens, 1614) vers 1630[8]).

Parmi les sujets picturaux de ses œuvres, on peut distinguer : L'Adoration des bergers, Le satyre et le paysan, Le petit Jupiter nourri par la chèvre Amalthée ainsi que « Comme les vieux chantent, ainsi les jeunes jouent de la flûte ». Connu pour Le Roi boit peint vers 1640, il a été le peintre le plus renommé d'Anvers après la mort en 1640 de Rubens, dont il a achevé au moins deux œuvres[9]entre le et le .

À aucun moment de sa carrière, Jordaens n'a souffert d'un manque d'estime. La grande réputation dont il a pu jouir sa vie durant est mise en évidence par les nombreuses commandes qu'il a reçues et quantité de documents. Après la mort de Rubens, il est considéré par Balthasar Gerbier, le chargé d'affaires du roi d'Angleterre à Bruxelles, comme le plus important peintre des Pays-Bas méridionaux. Les louanges qu'il recueille semblent interminables et l'estime pour son œuvre est telle qu'on lui attribue toutes les qualités. C'est au moins le cas jusqu'au début du XVIIIe siècle, lorsque s'annonce un nouveau goût artistique mettant surtout l'accent sur l'idéal ainsi que l'esthétique noble et classique [10].

Le Christ apparaissant aux trois Marie dans un jardin (1616), Berlin, Pinacothèque.

Œuvres

Sa peinture, ses dessins et ses cartons s'inspirent des scènes bibliques, mythologiques et des thèmes empruntés à la vie populaire (contemporaine), ou bien illustrent fables et proverbes.

Il s'efforce de dénicher des œuvres de la main des meilleurs maîtres, tels que Titien, Véronèse, le Caravage, Bassano et autres, afin de les étudier et de s'en inspirer lors de son travail[11]. Ses tableaux les plus connus représentent des scènes de table, telles les différentes versions du « Roi boit ! ». Pour ce faire, Jordaens n'hésite pas à prendre comme modèles ses proches ou lui-même, afin de réaliser les portraits des différents personnages[12] d'une composition.

Dessins

Peintures

Le Christ chassant les marchands du Temple (vers 1650), Paris, musée du Louvre.
Mercure et Argus (vers 1620), Musée des Beaux-Arts de Lyon.
Le Roi boit (vers 1640-45), Kunsthistorisches Museum de Vienne.

Dates non documentées :

Cartons de tapisseries

D'une importance exceptionnelle dans la production artistique de Jordaens, les modèles et cartons qu'il a réalisés pour des tapisseries font qu'il peut être considéré là aussi comme l'une des figures majeures de son époque. Pratiquement tout au long de sa carrière, d'importantes commandes portant sur des séries de tapisseries lui sont confiées[30]. Le Kunsthistorisches Museum de Vienne conserve une belle collection de cartons pour tapisseries parmi ceux cités ci-dessous :

Estampes

Galerie

Élèves

Sont notés comme ses élèves dans les registres de la guilde de Saint-Luc d'Anvers : L'an de guilde 1620-1621 Charles du Val, l'an de guilde 1621-1622 Pierre de Moulyn, l'an de guilde 1623-1624 Jan Kersgiter et Mattijs Peetersen, l'an de guilde 1633-1634 Rogiers de Cuyper, l'an de guilde 1636-1637 Henderick Willemsen, l'an de guilde 1640-1641 Hendrik Rockso, l'an de guilde 1644-1645 Gilliam de Vries, l'an de guilde 1646-1647 Orliens de Meyer, Jean Goulincx, Andries Snijders, Conraet Hansens, Adriaen de Munckninck, Pauwels Goetvelt, l'an de guilde 1652-1653 Arnoldus Jordaens (fils de son frère Isaak), l'an de guilde 1666-1667 Mercelis Librechts.

Ont été ses élèves, non inscrits à la Guilde de Saint-Luc anversoise : Hendrik Wildens, Hendrik kerstens, Daniel Verbraken, Johannes-Baptista Huybrechts, Johannes-Baptista van den Broeck, Zacharias Rem, Van Pape, Van Stalbemt [31]

Expositions

Une exposition de Jordaens a lieu à Anvers du 27 mars au , à l'occasion de l'événement Anvers 93 Capitale européenne de la culture.

La première rétrospective en France concernant son œuvre a lieu à Paris au Petit Palais, du 19 septembre 2013 au 19 janvier 2014.

Bibliographie

Sources

Notes et références

  1. Sa maison natale, "Het Paradijs", actuelle N°13 de la Hoogstraat, lui reviendra en héritage le .
  2. La peinture à la détrempe, fort pratiquée dans la ville voisine de Malines, est alors touchée par une crise qui en laisse pressentir le proche déclin ; aucune peinture à la détrempe attribuée à Jordaens ne nous est parvenue.
  3. Par la suite, Adam van Noort les y rejoindra et y finira ses jours.
  4. Lors d'un comptage des foyers décrété par la municipalité et visant à percevoir la dîme sur les loyers, la valeur locative de la maison de Jordaens (la "Halle van Lier", Hoogstraat ; 13 cheminées) est estimée à 450 florins, de loin le montant le plus élevé pour un peintre.
  5. Il n'y a pas de doute que tous deux furent victimes d'une épidémie sévissant alors à Anvers.
  6. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 7-8-12-15-17-19-23-25-28
  7. (nl) plaatsengids.nl.
  8. Merle du Bourg A, Jordaens et Rubens, un dialogue magistral, Dossier de l'art no 210, septembre 2013, p. 28-35.
  9. Il reçoit la somme de 240 florins de la part des héritiers de Rubens pour l'achèvement d'un Héraclès et d'une Andromède commandées par le roi Philippe IV d'Espagne.
  10. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 11-28
  11. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 23-24-28
  12. Merle du Bourg A, Quotidien et proverbe, l'art d'instruire en divertissant, Dossier de l'art no 210, septembre 2013, p. 36-43
  13. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 9-19
  14. Entré à l'Ermitage en 1779, venant de la collection Horace Walpole
  15. (en) Vincent Pomarède, Louvre Abu Dabhi : Album of the exhibition, Flammarion, , 55 p. (ISBN 978-2-0813-3199-0), p.40
  16. Entré à l'Ermitage en 1769, venant de la collection du comte de Brühl
  17. Alexis Donetzkoff, « Chefs d’œuvre du musée des beaux-arts de Lille », Beaux Arts, no Hors série, , p. 9
  18. Crucifixion, Rennes
  19. Stefano Zuffi, Le Portrait, Gallimard, (ISBN 2-07-011700-6), p. 108
  20. Matthew Armstrong, L’Europe de 1600 à 1750 : par les conservateurs du Metropolitan Museum of Art, Gründ, , 159 p. (ISBN 2-7000-2058-8), p. 75
  21. 1 2 Alexis Donetzkoff, « Chefs d’œuvre du musée des beaux-arts de Lille », Beaux Arts, no Hors série, , p. 20 et 32
  22. Nancy Grubb, Figures d’anges : Messagers célestes à travers les arts, Editions Abbeville, , 320 p. (ISBN 2-87946-082-4), p. 286
  23. Merle du Bourg A, Un audacieux décor de Jordaens au palais du Luxembourg , Dossier de l'art no 210, septembre 2013, pp. 76-81.
  24. Méléagre et Atalante, Prado
  25. Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti : La Peinture à Florence, Editions Place des Victoires, (ISBN 2-84459-006-3), p. 534
  26. Peinture commandée à Jordaens par le bourgmestre de Rupelmonde le , payée 359 florins le , accrochée à l'autel de Notre-Dame de l'église de Rupelmonde et y enlevée par les Français en 1794. Réf.d'Hulst |De Poorter |Vandenven |1993|p.12-13.
  27. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 8-19
  28. 1 2 3 Robert Hooze, Musée des Beaux Arts de Gand, Musea Nostra, , p. 48-52
  29. Sandrine Alouf, « Scènes de genre en majesté », Muséart, no 89, , p. 90
  30. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 25
  31. d'Hulst, De Poorter et Vandenven 1993, p. 8-16

Liens externes

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