Mosaïque

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Le Jugement de Pâris, mosaïque de sol d'Antioche, IIe siècle, musée du Louvre.

La mosaïque est un art décoratif dans lequel on utilise des fragments de pierre colorées, d'émail, de verre, de pierre (marbre, granito) ou encore de céramique, assemblés à l'aide de mastic ou d'enduit, pour former des motifs ou des figures. Quel que soit le matériau utilisé, ces fragments sont appelés des tesselles.

Très utilisée pendant l'Antiquité romaine, la mosaïque reste en usage tout au long du Moyen Âge, en particulier chez les Byzantins, continuateurs des Grecs et des Romains (basilique San Vitale de Ravenne), et de la Renaissance. Après avoir quasiment disparu pendant plusieurs siècles, cet art est réapparu au grand jour avec le mouvement Art nouveau. Aujourd'hui la mosaïque est utilisée tant par des artistes du mouvement Op Art tels que Carlos Cruz-Diez, Vasarely[1] que pour des projets du quotidien en architecture et décoration. On y représentait des scènes d'agriculture, de divinités et des scènes de la vie quotidienne.

On distingue trois principaux styles de mosaïques anciennes :

Plusieurs procédés classiques coexistent :

Mosaïque en pâte de verre, Konrad Honold.

Histoire

Colombes, mosaïque de Pompéi.

La mosaïque est née à Uruk, en Mésopotamie (de nos jours région d'Irak), il y a environ 6 000 ans, où elle était constituée de cônes d'argile cuite à la base colorée, puis de briques de céramique colorés, perfectionnée à Carthage, sa technique se généralise dans l'Empire romain à l'occasion des Guerres Puniques. La mosaïque était beaucoup utilisée pendant l'Antiquité pour la décoration intérieure des maisons et des temples, notamment de leurs murs ou de leurs sols (« tapis en mosaïque » à l'intérieur d'une pièce d'habitation antique, ou « paillasson en mosaïque » à son entrée[2]). Elle nous est devenue particulièrement familière depuis la découverte des sites romains bien conservés tels que Pompéi ou Herculanum. Quoi qu’encore utilisée, le Moyen Âge lui préfère les carreaux de céramique et plus particulièrement en Europe, les carreaux estampés moins coûteux[3], dans le Monde islamique, les carreaux de céramique lustrée. Continuateurs des Grecs et des Romains, les Byzantins l'utilisent. La mosaïque de l'Oratoire carolingien de Germigny-des-Prés est à cet égard l'unique mosaïque byzantine de France existant encore, la basilique San Vitale de Ravenne est un autre exemple. Continuatrice de l'art byzantin, la Renaissance italienne l'emploie. Ainsi, nombre de représentations picturales ornant les murs de la basilique Saint-Pierre sont réalisées selon cette technique. Elle est cependant supplantée à cette époque par la fresque[4].

Procédé ancien, la mosaïque est réhabilitée au début du XXe siècle avec des artistes comme Gustav Klimt (palais Stoclet à Bruxelles), Antonio Gaudí (Parc Güell à Barcelone)[5]. Elle est encore utilisée de nos jours notamment pour la décoration des églises. Ainsi En Italie les pinacles ou tympans des façades des basiliques de Florence, d'Orvieto et de Sienne[6]en Italie, sont complétés de mosaïques au XIXe siècle ; en France, à Paris, le plafond de l'abside de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est décoré de la plus grande mosaïque de France, couvrant une surface de 475 m2, conçue par Luc-Olivier Merson et exécutée de 1900 à 1922 par les ateliers Guilbert-Martin, représente le Sacré-Cœur de Jésus glorifié par l’Église catholique et la France. Entre 1933 et 1941, le peintre Henri Pinta réalise une grande mosaïque de 120 mètres carrés, décorant le chœur de la basilique du Sacré-Cœur de Marseille.

Technique

Mosaïque romaine ou byzantine

La technique de la mosaïque était connue à Uruk. Développée en Grèce dès le VIIIe siècle av. J.-C., elle est ensuite adaptée et largement adoptée par Rome et diffusée dans tout l’empire. L'assemblage s’effectuait grâce à de l'argile sur laquelle on posait des galets avant que ne soit inventée la taille d'éléments cubiques, les tesselles.

Mosaïque florentine

En Italie, la passion des Médicis[7], pour les objets en pierre semi-précieuse (onyx, jaspe, cornaline, améthyste, malachite, agate, marbre, lapis-lazuli) conduisit le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis à fonder, à Florence en 1588, la Manufacture d’art spécialisée dans le travail des pierres dures. Dès la fin du XVIe siècle, la mode se répandit des vases et du mobilier en pierre dure et s’affirmèrent le goût et la technique de la mosaïque florentine. La manufacture poursuivit son activité pendant plus de trois siècles, et est devenue le musée de la Manufacture de pierres dures de Florence. Des objets décoratifs en lazurite, issus de l'ancienne manufacture (vases, coupes, cruches), sont aussi exposés au musée de l'Argenterie (Museo degli argenti (it)), au Palais Pitti, à Florence.

Mosaïque russe

Cette technique florentine a été déclinée en Russie vers 1848, et adaptée par des maîtres lapidaires, pour le placage sur des objets d'art, de minces lamelles de pierres semi-précieuses, comme la malachite, le lapis-lazuli, ou la rhodonite[8].

Compte tenu de la richesse exceptionnelle des mines de l'Oural, en Sibérie, l'exploitation industrielle de la malachite, a permis de produire au XIXe siècle et en grande quantité, des objets d'art, afin de décorer les intérieurs d'immeubles, de palais ou de châteaux : la Salle de malachite (en) du Palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg, la Cathédrale Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, le Grand Palais du Kremlin, à Moscou, ou en France, dans le « Salon des malachites » au château du Grand Trianon à Versailles. Les objets d'art étaient réalisés dans les trois manufactures lapidaires impériales, de Peterhof, Ekaterinbourg, ou à la Manufacture lapidaire impériale de Kolyvan (ru)[Note 1].

Le tailleur de pierre ou maître lapidaire débite la pierre en petites plaques de deux à quatre millimètres d’épaisseur. Il les sélectionne méticuleusement d’après le dessin, les égrise, les polit et les colle une à une sur la base métallique ou de pierre du futur objet, tout en mastiquant savamment les joints entre les plaques avec des grains de malachite ou de lapis-lazuli. Les articles en malachite ou en lapis-lazuli, sont souvent dotés de détails en bronze doré, ce qui leur confère une apparence particulièrement somptueuse[9].

Les tesselles

Quadrige, sujet de cette mosaïque du gymnase de la Villa du Casale, Sicile, IIIe – IVe siècle.

On distingue plusieurs types de matériaux, qui permettent des effets différents et ont chacun leurs avantages.

À Byzance, on utilise des émaux de verre pour les décors muraux. L'intensité des couleurs est remarquable mais ce matériau coûte cher et s'avère très fragile.

La découpe

On utilise généralement pour tailler les tesselles, soit une marteline (sorte de marteau aux deux extrémités pointues) assortie d'un tranchet (ou « taillant »), soit deux types de pinces spéciales, appelées respectivement « pinces japonaises », qui ont la particularité de ne pas se joindre à leur extrémité, et les « pinces à molettes ». Les deux types de pinces sont souvent actuellement renforcées en leurs extrémités par du carbure de tungstène (matériau très dur adapté pour la coupe du verre).

Les supports

Le support le plus courant est le mortier (sable et ciment) en raison de son faible coût et de son adaptation à différents environnements. On pose sur le mur un grillage, puis une couche de mortier d'au moins 13 mm d'épaisseur, ce qui protège la mosaïque des fissures.

On peut également trouver d'autres supports comme le bois (on le rend hydrofuge grâce à un traitement chimique, ou en le plongeant dans de l'huile bouillante), le verre, les fibres de bois pressées et collées ou le contreplaqué (d'époque contemporaine).

Les colles

Mosaïque romaine ou byzantine

Elles sont multiples. La plus utilisée est sans doute le mortier : applicable sur toutes les surfaces, on peut lui ajouter de la chaux pour ralentir le temps de prise.

On utilise également des colles à base de ciment et/ou de chaux, qui sont conçues en fonction du support, avec différents temps de prise. L'usage des deux types de colle blanche (normale et hydrosoluble) est également fréquent. Enfin, à l'époque contemporaine, on constate l'utilisation de silicone.

Mosaïque florentine ou russe

Dans le cas des mosaïques florentines ou russes, le procédé de collage des fines lamelles de pierre semi-précieuse, se faisait sur une base de mastic chaud, composé d'un mélange de cire et de colophane[9].

En Italie, les artistes modernes, créateurs ou restaurateurs de mosaïques florentines, utilisent un mélange de cire d'abeille et de résine chaude[10].

L'assemblage

Mosaïques célèbres

Il y a deux capitales de la mosaïque dans le monde (expositions, restauration, enseignement) :

 Algérie

Mosaïque de Djemila (Algérie).

 France

 Espagne

Mosaïque du Camino del Albalate, Calanda (province de Teruel).

 États-Unis

 Chypre

 Grèce

Mosaïque dans le Tombeau d'Amphipolis, Grèce

 Italie

Mosaïque de la bataille d'Issos, maison du Faune à Pompéi, environ IIe siècle av. J.-C., musée archéologique national de Naples.

 Royaume-Uni

 Russie

 Égypte

 Syrie

 Jordanie

 Tunisie

Mosaïque de Virgile au musée national du Bardo, en Tunisie.

 Turquie

 Maroc

 Belgique

Métaphore de la mosaïque en sciences

Le terme de « mosaïque » est souvent utilisé, dans un sens métaphorique, dans les sciences et notamment en biologie : gènes (voir mosaïque (génétique), virus de la mosaïque du tabac (voir mosaïque (pathologie végétale), mosaïques membranaires, chimèreGeorges Chapouthier a proposé le concept de mosaïque pour définir la complexité des êtres vivants, puisqu’à chaque étage du vivant (cellule, organisme, population…), comme dans une mosaïque au sens artistique, le « tout » laisse une large autonomie à ses parties, qui se comportent alors un peu comme des tesselles. Le terme a été étendu par Jean Audouze et ses collaborateurs aux astres, à la robotique et à l'urbanisme [13]. En sciences sociales le recours à la mosaïque est le prétexte technique et métaphorique pour assurer le développement d'un quartier. Celui des Hauts de Chartres, lieu d'une ancienne cité de transit, a donné lieu au récit de Patrick Macquaire : le quartier Picassiette, un essai de développement social Éditions l'Harmattan, Paris, 2008.

Notes et références

Notes

  1. Après l'effondrement de l'URSS, l'usine intègre le ministère des Services publics de la Russie. Dès 1990, l'usine n'a pas été en mesure de survivre. Elle est mise en faillite en 1998. Depuis , l'usine fabrique des produits en granit, telles les bordures de protection. En conséquence, le premier centre de taille de pierre de la Sibérie, continue à fonctionner, à ce jour

Références

  1. La Mosaïque contemporaine, p. 63.
  2. Manon Potvin, François Baratte, L'image fragmentée : la mosaïque depuis l'Antiquité romaine, Musée du Louvre, , p. 49
  3. Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, vol. 3, (lire en ligne)
  4. Gilbert Durand, Beaux-arts et archétypes. La religion de l'art, PUF, , p. 59.
  5. (en) Isotta Fiorentini Roncuzzi, Elisabetta Fiorentini, Mosaic. Materials, Techniques and History, MWeV, , p. 182
  6. 1 2 (it) Timothy Verdon, La facciata del duomo di Siena, Silvana Editoriale, 2007, p. 17-74.
  7. (it) Tesoro dei medici, « Tesoro dei medici (Trésor des Médicis) », sur www.tesorodeimedici.it (consulté le 6 novembre 2015).
  8. Metro In Moscow, « La mosaïque florentine », sur www.metro-in-moscow.com (consulté le 8 novembre 2015).
  9. 1 2 Lizotchka, « Trompe-l'œil à la russe : mosaïque et malachite », sur lizotchka-russie.over-blog.com (consulté le 8 novembre 2015).
  10. (it) La Nuova Musica, « La Nuova Musica », sur www.lanuovamusiva.com (consulté le 9 novembre 2015).
  11. Le Monde - Blogs - Nicolas Constans, « Une magnifique mosaïque découverte dans la tombe d’Amphipolis », sur archeo.blog.lemonde.fr, (consulté le 15 août 2015).
  12. UNESCO, « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale », sur http://whc.unesco.org (consulté le 7 avril 2016).
  13. J. Audouze et col., Mondes mosaïques, CNRS Editions, Paris, 2015

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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