Philippe Oyhamburu

Philippe Oyhamburu, né Doyhamboure le à Argelès-Gazost, est un danseur, chorégraphe, musicien, chef de chœur, auteur, homme de radio et conférencier qui a œuvré toute sa vie pour faire connaître la culture basque à travers le monde, notamment à la tête des ballets et chœurs Etorki avec lesquels il parcourt le monde pendant plusieurs décennies[1]. Philippe Oyhamburu réside à Biarritz.

Engagement politique

Philippe Oyhamburu s'intéresse à la politique en adhérant en 1956 au Parti communiste et en étant directeur du centre culturel de Vitry-sur-Seine de 1964 à 1966. Il quitte les deux au moment des événements de Prague pour se rapprocher des idées libertaires[2]. En 1976, il développe ses thèses politiques dans un ouvrage de 334 pages, La revanche de Bakounine ou De l'anarchisme à l'autogestion, qui paraîtra aux éditions Entente.

Musicien, danseur, chorégraphe et chef de chœur

Philippe Oyhamburu apprend les danses basques en 1942 avec Don Segundo de Olaeta, maître de danse biscayen, chorégraphe et musicien, alors réfugié à Biarritz. Il commence sa carrière comme accordéoniste, danseur puis metteur en scène du groupe Olaeta qui deviendra Oldarra en 1945. Il sera ensuite professeur de danse du groupe des étudiants basques de Paris de 1943 à 1944. Puis il sera directeur artistique et chef des chœurs des ballets basques de Biarritz Oldarra de 1945 à 1953. Il poursuivra sa carrière à la tête des ballets et chœurs Etorki, deuxième compagnie professionnelle dans l'histoire du Pays basque (après l'ensemble Eresoinka) de 1954 à 1984. Dès ses débuts, au théâtre des Champs-Élysées, Etorki recueillera les éloges de la presse parisienne, puis internationale. Dès lors, Etorki se produira dans 4 continents, 31 pays et 28 capitales, sur des scènes aussi prestigieuses que le Palais de Chaillot, le Concertgebouw d'Amsterdam, le Sadler's Wells de Londres, le Bolchoi de Moscou, le Coliseo de Buenos-Aires ou le Bellas Artes de Mexico. Ce seront ensuite les chœurs Oyhamburu (1991-1998) puis les chœurs Etorburu (1999-2008). Les chœurs Oyhamburu se produiront jusqu'à Tbilissi et Saint-Pétersbourg. Les chœurs Etorburu se produiront jusqu'au Québec, en Géorgie et à New York.

La carrière de Philippe Oyhamburu se décompose en 4 périodes :

En tout, plus de 1 500 personnes auront fait partie de l'un ou l'autre groupe dirigé par Philippe Oyhamburu au cours des 63 années qu'aura duré sa carrière de professeur de danse, de chorégraphe et de directeur artistique de troupes de danse et de chœurs basques[5]. Une particularité de ses chœurs et un facteur de leur succès est que Philippe Oyhamburu les fera toujours chanter par cœur et sera inflexible sur cette condition. Cet impératif nécessitera une préparation de plusieurs mois à chaque nouveau choriste pour intégrer le chœur pour les concerts mais donnera au chef de chœur toute liberté pour exprimer les nuances et subtilités d'interprétation voulues, tous les regards et toute l'attention des choristes étant fixés sur lui. L'avantage de cet impératif sera aussi scénique.

En dehors du Pays basque et de la France, Philippe Oyhamburu se produira, avec l'un ou l'autre groupe, dans les pays suivants :

Algérie en 1951 ; Allemagne (RFA - RDA) en 1945, 1951, 1955, 1959, 1961 et 1963 ; Argentine en 1972 ; Belgique en 1945, 1947, 1949, 1952, 1954, 1955, 1956, 1958, 1959, 1969 et 1978 ; Bolivie en 1972 ; Brésil en 1972 ; Canada en 1981 et 2002 ; Chili en 1972 ; Colombie en 1972 ; Costa Rica en 1972 ; Danemark en 1949 ; El Salvador en 1972 ; Équateur en 1972 ; Espagne : Madrid en 1949, Catalogne en 1948, 1976 et 1977 ; Géorgie en 1992 et 2000 ; Grande-Bretagne en 1954 et 1969 ; Grèce en 1966 et 1971 ; Guatemala en 1972 ; Hollande en 1955, 1978 et 2007 ; Honduras en 1972 ; Iran en 1977 ; Irlande en 1954 ; Italie en 1951, 1966 et 2004 ; Liban en 1966 ; Mexique en 1972 ; Nicaragua en 1972 ; Pérou en 1972 ; République Sud-Africaine en 1972 ; Russie en 1957 et 1996 ; Suède en 1949 ; Suisse en 1948, 1950 et 1955 ; Tunisie en 1967 et 1969 ; Turquie en 1966 ; Uruguay en 1972 ; USA en 1981, 1993, 1998 et 2002 ; Venezuela en 1977 ; Ex-Yougoslavie en 1952, 1965 et 1966

En 1972, la tournée d'Etorki en Afrique du Sud commence par 53 représentations en 60 jours entre janvier et mars. D'Afrique du Sud, la troupe s'envole directement pour l'Amérique du Sud puis l'Amérique centrale pour terminer en novembre et en Amérique du Nord (Californie, Névada, Idaho). Après un an d'absence et 16 pays traversés sur trois continents, la troupe rentre en Europe sur le célèbre paquebot Le France en échange de deux spectacles.

Ambassadeur de la culture basque

Dès les années 1940, Philippe Oyhamburu apprend le basque et ne cesse de se perfectionner au point de publier lui-même en basque et d'enseigner cette langue, notamment à l'université du temps libre de Biarritz et jusqu'à Paris chez des particuliers au cours de nombreux séjours pour faire répéter la phalange parisienne de son groupe.

En 1944, à Paris, à la Mutualité, il donnera une conférence sur le nationalisme basque[6]. En 1948, à Biarritz, lors du 7e congrès d'Études basques, il donne deux conférences, l'une sur la danse basque (qui est publiée la même année dans la revue Eusko-Jakintza, volume 2, n° 4-5, p. 557-562 et rééditée dans VIIème Congrès d'Études Basques, Eusko Ikaskuntza, 2003, p. 893-895[7]), l'autre intitulée « les néologismes outranciers de l'école sabinienne »[8]. À la fin des années 1940, Philippe Oyhamburu est secrétaire de la Société d'études basques.

Au début des années 1980 il fait publier deux ouvrages : L'irréductible phénomène basque (éditions Entente, collection Minorités, 1980) et L'esthétique dans la danse basque (éditions Lauburu, 1981). Les 10 années suivantes le voient occupé à la rédaction de Euskal deituren hiztegia, Dictionnaire des patronymes basques paru en 1991 aux éditions Hitzak.

Tout au long de sa carrière artistique, Philippe Oyhamburu présente les spectacles donnés sous sa direction.

Auteur

Philippe Oyhamburu est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles, parmi lesquels, dans l'ordre chronologique :

Mélodiste

Philippe Oyhamburu est le compositeur de Haize hegoa, sur des paroles de Telesforo Monzón, chant immortalisé par Mikel Laboa (voir son album intitulé Bat-Hiru édité en 1974, réédité par Elkar en 2010).

Homme de radio

Parallèlement à ses activités artistiques, Philippe Oyhamburu est un homme de radio, soit comme réalisateur soit comme producteur, successivement à la Radio d'Outre-Mer (où Pierre Schaeffer, son créateur, le fait entrer), à Radio-France Internationale, à France-Culture, à Radio-Adour Navarre (lancé par Alexandre de la Cerda), à Radio-France Pays Basque (où il anime pendant plusieurs années une émission quotidienne en basque) et en 2009 et 2010, à France Bleu Pays Basque (101.3) où il donne des notions de langue basque dans une émission quotidienne diffusée deux fois par jour.

Acteur

Philippe Oyhamburu joue le rôle de Ramuntxo dans le film Les Conquérants de Xabi Molia, comédie française de 2013.

Distinctions

Citations

Il faut vouloir vivre, j'entends par là non seulement exister, mais vivre, c'est-à-dire avoir envie de choses, des choses et, tout d'abord, savoir sortir de soi-même pour s'intéresser au monde, aux gens, essayer de les comprendre et d'apprendre, toujours apprendre... Pour rester jeune, il faut construire, toujours recommencer à construire, même si certains s'acharnent à détruire, autant par bêtise que par méchanceté, ce que vous avez construit. Et, je l'ai déjà dit, il faut se mettre à apprendre, et c'est encore une façon de rester vivant que de découvrir lucidement ce qu'on ne sait pas, ou que l'on ne sait pas assez bien... J'oublie aussi, dans ce catalogue des recettes, la soif de découvrir le monde et la diversité extraordinaire de ses cultures et de ses habitants... Je dirai pour terminer ces conseils de bonheur et de longévité qu'il faut savoir regarder en arrière, certes - et c'est également une grande richesse que d'avoir bien rempli son passé - mais qu'il faut aussi vivre le présent et regarder vers l'avenir et d'y avoir des projets, plein de projets. (Discours prononcé par Philippe Oyhamburu à l'occasion de ses 80 ans)[9]

Je souligne que je ne luttais pas que sur le plan artistique, mais également pour que nous ayons gîte et couverts dignes de travailleurs, car les artistes, surtout quand il s'agissait de mes troupes présentant des spectacles fatigants, sont aussi des travailleurs.[10]

J'enrage de voir tant de folklores dansés ou chantés de Russie, de Bali, du Cameroun ou d'ailleurs faire bouger les foules, ce qui m'enchante, mais je me mords les doigts en revanche que l'on ignore encore que nos danses et notre chant choral sont parmi les meilleurs du monde ; de surcroît, présentés plus souvent « urbi et orbi », ils contribueraient à une gloire authentique d'Euskadi.[11]

Vous qui chantez dans notre langue, elle va de pair avec vos mélodies, aidez-la à vivre, aidez ceux qui travaillent à la faire vivre, ne soyons pas « déguisés » en Basques profitant d'une culture que nous ne servirions pas, mais soyons partie prenante de ce combat terrible du pot de terre - l'euskara - contre le pot de fer - le castillan ou le français - et si nous sauvons notre parler antique (mais ô combien riche, raffiné même, on le découvre à travers ses dialectes populaires ou sa littérature élaborée de plus en plus abondante), si nous l'employons de plus en plus, cela ne nous empêchera pas de lire et d'apprécier Cervantes, Shakespeare, Hugo, Tolstoï, Hemingway ou Muriel Barbery.[12]

Discographie

Hommages

Voir aussi

Liens externes

Articles connexes

Notes et références

  1. www.eke.org.
  2. Philippe Oyhamburu, Dialogue avec mon journal, Un jeune séparatiste basque dans le Paris de l'Occupation, éd. Atlantica, 2001, ISBN 2-84394-283-7, p. 400.
  3. Philippe Oyhamburu, Dialogue avec mon journal, Un jeune séparatiste basque dans le Paris de l'Occupation, éd. Atlantica, 2001, (ISBN 2-84394-283-7), p. 333.
  4. Philippe Oyhamburu, Dialogue avec mon journal, Un jeune séparatiste basque dans le Paris de l'Occupation, éd. Atlantica, 2001, (ISBN 2-84394-283-7), p. 388.
  5. Philippe Oyhamburu, De Tbilissi à Getaria en passant par New York, 2008, Annexe 1.
  6. Philippe Oyhamburu, Dialogue avec mon journal, Un jeune séparatiste basque dans le Paris de l'Occupation, éd. Atlantica, 2001, ISBN 2-84394-283-7, p. 267, 268.
  7. 1 2 .
  8. Philippe Oyhamburu, De Biarritz à Tbilissi en passant par Bogota, Chroniques des années saltimbanques 1942-1994, 1994, p. 32.
  9. Philippe Oyhamburu, De Tbilissi à Getaria en passant par New York, 2008, p. 55, 56.
  10. Philippe Oyhamburu, De Tbilissi à Getaria en passant par New York, 2008, p. 157.
  11. Philippe Oyhamburu, De Tbilissi à Getaria en passant par New York, 2008, p. 157, 158.
  12. Philippe Oyhamburu, De Tbilissi à Getaria en passant par New York, 2008, p. 158.
  13. Philippe Oyhamburu, De Biarritz à Tbilissi en passant par Bogota, Chroniques des années saltimbanques, 1942-1994, 1994, p. 32.
  14. Philippe Oyhamburu, De Biarritz à Tbilissi en passant par Bogota, Chroniques des années saltimbanques, 1942-1994, 1994, p. 63.
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