Pierre Reverdy

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Pierre Reverdy
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Pierre Reverdy peint par Amedeo Modigliani (1915)

Naissance
Narbonne, Aude
Décès (70 ans)
Solesmes, Sarthe

Auteur
Mouvement Cubisme, Dada, Surréalisme
Genres
Poésie, poème en prose, théories littéraires

Œuvres principales

Signature de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy, né le (13 septembre 1889 selon l'état civil) à Narbonne et mort le à Solesmes, est un poète français associé au cubisme et aux débuts du surréalisme. Il a eu une influence notable sur la poésie moderne de langue française.

Biographie

Jeunesse

Déclaré « né de père et de mère inconnus » à l'état-civil de Narbonne, Pierre Reverdy dut attendre sa vingt-deuxième année pour être reconnu par sa mère. L'année de sa naissance, sa mère était mariée mais son époux vivait en Argentine. Ce n'est qu'en 1897 qu'elle put se remarier avec le père de Reverdy, viticulteur dans la Montagne noire. Pierre Reverdy venait d'une famille de sculpteurs, de tailleurs de pierre d'église. Toute sa vie en sera marquée par un sentiment de religiosité profonde. Il poursuivit ses études à Toulouse et à Narbonne.

Paris

Il arrive à Paris en octobre 1910. À Montmartre, au célèbre Bateau-Lavoir, il rencontre ses premiers amis : Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Louis Aragon, André Breton, Philippe Soupault et Tristan Tzara.

Pendant seize ans, il vit pour créer des livres. Ses compagnons sont Pablo Picasso, Georges Braque, Henri Matisse. Toutes ces années sont liées de près ou de loin à l'essor du surréalisme, dont il est l'un des inspirateurs. Sa conception de l'image poétique a, en particulier, une grande influence sur le jeune André Breton et sa théorisation du mouvement surréaliste.

Pierre Reverdy est, avec Apollinaire, celui qui accueillit les surréalistes à leur arrivée à Paris pendant la guerre. Aragon raconte : « Il était, quand nous avions vingt ans, Soupault, Breton, Eluard et moi, toute la pureté pour nous du monde. Notre immédiat aîné, le poète exemplaire[1]. »

Pendant la guerre, il vit dans une assez grande pauvreté, accentuée par le froid et le manque de charbon. Louis Aragon se rappelle :

« Je le revois rue Cortot dans ce temps de misère et de violence, un hiver qu'il régnait chez lui un froid terrible, sa femme malade, et dans le logement au-dessus ce diable d'Utrillo qui faisait du boucan, c'était à tuer. Il y avait dans les yeux noirs de Reverdy un feu de colère comme je n'en avais jamais vu nulle part, peut-être les sarments brûlés au milieu des vignes à la nuit. Je me rappelle ce jour où il lui avait fallu vendre à un de ces hommes riches qui aiment tant l'art un petit Braque qui n'était pas seulement pour lui un tableau, et comme à la dernière minute de se dépouiller, il avait farouchement saisi la toile et l'avait baisée de ses lèvres, à la stupéfaction de l'amateur éclairé[2]. »

La revue Nord-Sud

Le 15 mars 1917 paraît le premier numéro de sa revue Nord-Sud, à laquelle collaborent les poètes du dadaïsme puis du surréalisme. Le titre de la revue lui est venu du nom de la compagnie de métro, qui avait ouvert en 1910 la ligne reliant Montmartre à Montparnasse. Il signifiait ainsi sa volonté de « réunir ces deux foyers de la création[3] ». Pierre Reverdy a conçu ce projet à la fin de 1916, alors que la vie artistique est toujours anesthésiée par la Grande Guerre, pour montrer les parallélismes entre les théories poétiques de Guillaume Apollinaire, de Max Jacob et de lui-même, marquant ainsi le début d'une époque nouvelle pour la poésie et la réflexion artistique. Reverdy y expose ses théories littéraires, ainsi que de nombreuses réflexions sur le cubisme, notamment sur ses amis Pablo Picasso et Georges Braque[4]. Joan Miró représente la revue dans un tableau qui porte son nom, Nord-Sud (1916-1917), en hommage au poète et aux artistes qu'il admirait.

Dans les 14 fascicules — qui s'échelonnent de mars 1917 à la fin de 1918 — viendront se poser les noms d'André Breton, de Philippe Soupault, de Louis Aragon, ou encore de Tristan Tzara, alors leaders du mouvement dada. Ces derniers publiaient dans le même temps à la revue SIC mais, selon Adrienne Monnier : « C'est dans Nord-Sud que débutèrent sérieusement André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault (dans SIC, ce n'était pas très sérieux[5]). »

Au début des années 1920, il fut l'amant de Coco Chanel à qui il dédicaça de nombreux poèmes.

Solesmes

En 1926, à l'âge de 37 ans, annonçant que « libre penseur, [il] choisit librement Dieu[6] », il se retire dans une réclusion méditative près de l'abbaye bénédictine de Solesmes où il demeure — bien qu'il ait, semble-t-il, perdu la foi — jusqu'à sa mort, à 70 ans en 1960[7]. Là sont nés ses plus beaux recueils, tels Sources du vent, Ferraille ou Le Chant des morts.

Dans la dernière année de sa vie, il écrit Sable mouvant, testament poétique dans lequel il dépouille ses vers et où la voix reste en suspens (son dernier vers ne comporte pas de point final). Il veut qu'il ne demeure de lui qu'un portrait symbolique, dépouillé des détails de l'existence, et ramené à l'essentiel[8].

Postérité

Feuille ouverte (poème mural à Leyde, Pays-Bas)

Dans son article consacré à la mort de Reverdy, Louis Aragon écrit également : « Sa grandeur, qu'y ajouterais-je à la comparer aux morts et aux vivants ? Il nous reste Saint-John Perse et Marie Noël, il y avait Apollinaire, il y eut Eluard[1]. »

De nombreux poètes rendent hommages à Pierre Reverdy, en lui consacrant des articles ou en lui dédiant des poèmes, dont André du Bouchet[9],Jacques Dupin[10], Edmond Jabès[11], Ricardo Paseyro[12], Pablo Neruda[13], Kateb Yacine[14]. René Char a dit de lui que c'était « un poète sans fouet ni miroir[15] ».

Le 11 juin 2010, à l'occasion des cinquante ans de la disparition du poète, une table ronde animée par Emmanuel Vaslin a réuni, à la bibliothèque municipale homonyme de Sablé-sur-Sarthe, Antoine Emaz, président de la commission Poésie au Centre national du livre et auteur d'une thèse sur les notes de Pierre Reverdy, Claude Cailleau, auteur d'une biographie du poète ainsi que Jean Riouffreyt, historien.

Style

Le style d'écriture de Pierre Reverdy a été révolutionnaire. Fervent admirateur de Mallarmé et de son fameux « coup de dés », la poésie de Pierre Reverdy emprunte à ce dernier sa forme dentelée avec un retour systématique à la ligne sur des vers en biseaux. Procédant du papier collé, forme empruntée au cubisme auquel il veut très tôt joindre la forme écrite, il cherche par ce moyen à aller au cœur des choses plutôt qu'à leur surface. Le poème sera ainsi plus une évocation de leur réalité consubstantielle par le biais de ce que les images suggèrent qu'une description ou une narration textuelle. L'emploi de la comparaison et de la métaphore s'y veut primordial. Comme le dit lui-même le poète, il s'agit de rapprocher deux mots au sens éloigné l'un de l'autre pour créer une sorte de choc visuel sur la page et intellectuel du même coup. Picasso dira ainsi que Reverdy écrivait à ses yeux comme un peintre. Il n'abandonnera jamais cet idéal d'écriture choisi à l'époque cubiste et ce parti pris aura eu une influence décisive sur tous les grands poètes qui le suivront, au premier chef ceux du surréalisme.

Œuvres

Citations

Notes et références

  1. 1 2 Louis Aragon, « Un soleil noir s'est couché à Solesmes », novembre 1961, recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 125
  2. Louis Aragon, « Un soleil noir s'est couché à Solesmes », novembre 1961, recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 126
  3. André Breton, Œuvres complètes, no 1, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, note 3, p. 1075 (ISBN 978-2070111381).
  4. Étienne-Alain Hubert, note au tome 1 des Œuvres complètes de Pierre Reverdy, Flammarion, p. 1298.
  5. Adrienne Monnier, « Pierre Reverdy en 1917 », publié dans SIC, no 29, en mai 1918, recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 24.
  6. In Gant de Crin, Plon, 1927.
  7. Gérard Bocholier, Pierre Reverdy, éd. Champ Vallon, 1984, p. 18-19, Extrait en ligne.
  8. Étienne-Alain Hubert, préface de Sable Mouvant, NRF/Gallimard, 2008.
  9. André du Bouchet, « Un jour de dégel et de vent », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 141-142
  10. Jacques Dupin, « À Pierre Reverdy », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 145
  11. Edmond Jabès, « La demeure de Reverdy », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 141-142
  12. Ricardo Paseyro, « Reverdy l'Intranquille », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 99-105
  13. Pablo Neruda, « Je ne dirai jamais… », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 113-114
  14. Kateb Yacine, « Un ancêtre en voyage. Hommage à Pierre Reverdy », recueilli dans Pierre Reverdy, 1889-1960, Mercure de France, 1960, p. 118-121
  15. Recherche de la base et du sommet, Gallimard, coll. « Poésie », 192 p. (ISBN 978-2070319183), p. 104.
  16. André Breton, op. cit., note 3, p. 1075.

Annexes

Bibliographie

Ouvrages collectifs

Liens externes

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