Traites négrières

Figurine africaine, Venise (?) (XVIIe siècle), Budapest, musée hongrois des arts décoratifs.
Captifs sur le marché aux esclaves de Zanzibar, deuxième tiers XIXe

Les traites négrières, également appelées traite des Nègres ou traite des Noirs, sont des commerces d'esclaves dont ont été victimes, par millions, les populations de l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique centrale et l'Afrique australe durant plusieurs siècles[1]. Pour la définir, il faut associer et combiner les six éléments suivants[2] :

La traite doit être distinguée de l'esclavage qui « consiste à exercer sur une personne l'un quelconque ou l'ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété »[4]. La traite nécessite l'existence de l'esclavage, mais l'inverse n'est pas vrai : l'esclavagisme a existé sans traite, dans le sud des États-Unis au XIXe siècle. La traite se différencie de la notion contemporaine de trafic d'êtres humains.

Les traites négrières furent un phénomène historique de très grande ampleur en raison du nombre de victimes, des nombreuses méthodes d'asservissement et des multiples opérations de transports sur de longues distances.

On en distingue trois types : la traite orientale, la traite occidentale et la traite intra-africaine.

Étymologie de « traites négrières »

Le choix du terme pour qualifier un commerce d'hommes, femmes et enfants noirs a longtemps été discuté, et continue de l'être. Selon l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, la formule « traite négrière » semble la plus adaptée[5]. Elle fait principalement référence aux producteurs, les « négriers ».

Les historiens avaient d'abord parlé de slave trade (« commerce d'esclaves »), mais ce terme ne faisait pas l’unanimité auprès des chercheurs. Pour Serge Daget, il sous-entendait que les victimes étaient déjà esclaves alors que bon nombre d'entre elles étaient nées libres[6].

Un commerce d'hommes influents

La traite négrière occidentale, qui comporte d'importants risques militaires, nécessite une surface financière conséquente : on n'y trouve guère d'artisans ou petits marchands mais surtout des officiers supérieurs, la plupart du temps très proches de la royauté, ou des financiers confirmés. Un homme d'origine plus modeste, comme Henry Morgan, s'y fait une place grâce à son statut de chef des pirates de la Caraïbe au début des années 1670. La majorité de ces armateurs (il existe quelques exceptions comme la famille Montaudouin) ne consacre qu'une partie de leur activité à la traité négrière afin de diversifier les risques. Ainsi à Nantes, premier port négrier en France (43 % des expéditions négrières françaises, représentant un peu plus du dixième de l'activité maritime nantaise), l'armement négrier n'a jamais excédé 22 % de l'armement total[7].

Craints et respectés dans leur milieu, ces hommes disposent d'un pouvoir considérable, qui explique le développement très rapide de la traite entre 1665 et 1750 et l'acquisition de fortunes considérables, à une époque où l'argent est rare et circule peu, l'absence d'industrie limitant les possibilités de s'enrichir vite. Leur influence amène l'Angleterre puis la France à approvisionner en esclaves l'Espagne à qui le traité de Tordesillas interdit l'accès aux côtes d'Afrique.

Trois grandes traites négrières

La traite orientale

Articles connexes : Traite orientale et Traite arabe.

La traite orientale utilisait les voies commerciales des empires arabe puis ottoman : traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Rouge. Elle approvisionnait leurs principaux marchés aux esclaves, dans les grandes villes d'Afrique du Nord et de la péninsule arabique, puis de Turquie.

Au Moyen Âge, une partie des esclaves terminaient leurs périples en Europe méridionale, en partie sous contrôle musulman[10] : la péninsule ibérique avec l'Al-Andalus jusqu'au XVe siècle, la Sicile jusqu'au XIe siècle, les Balkans à compter du milieu du XIVe siècle avec les Ottomans.

La traite d'esclaves noirs vers l'Europe méridionale se poursuivit après la Reconquista espagnole, surtout vers la Sicile et les royaumes de la couronne d'Aragon. Après le Moyen Âge, quelques esclaves noirs arrivèrent jusqu'en Russie via l'Empire ottoman qui contrôlait la quasi-totalité du pourtour de la mer Noire[11]. . Contrairement à une idée reçue, la traite orientale ne touchait pas davantage les femmes que les hommes et n'était pas particulièrement à finalité sexuelle[12]. Elle fournissait une main-d'œuvre servile employée à des travaux domestiques et de services (employés de maison, tâches d'entretien des palais et des infrastructures et activités sexuelles : harem, concubines, prostitution, eunuques), mais également dans l'agriculture[13], l'artisanat et l'extraction minière ou le métier des armes[14].

La traite orientale a été la plus longue et la plus régulière des trois traites, ce qui explique qu'elle ait globalement été la plus importante en nombre d'individus asservis : 17 millions de Noirs selon l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, du VIIe siècle à 1920[15].

La traite orientale ne se limitait pas aux populations noires. D'autres groupes ethniques en étaient aussi victimes, notamment des Européens, mais dans des proportions moindres. Elle prélevait des populations venant des steppes turques d'Asie centrale et de l'Europe slave et suscita des razzias dans le monde chrétien (Sud de l'Europe, Empire byzantin).

Par ailleurs, des inscriptions javanaises et des textes arabes montrent qu'aux IXe et Xe siècles, l'Indonésie entretenait des échanges commerciaux avec l'océan Indien et la côte est de l'Afrique. Les inscriptions parlent d'esclaves jenggi, c'est-à-dire « zengi », employés à Java ou offerts à la cour de Chine. En arabe, Zeng ou Zanj désigne à l'époque les habitants de la côte est de l'Afrique[16].

La traite occidentale

Article détaillé : Commerce triangulaire.

Les débuts de la traite occidentale

Pour contourner la mainmise ottomane sur les routes du commerce avec l'Orient, le prince Henri le Navigateur finança l'exploration maritime des côtes atlantiques dès 1422. Il voulait aussi s'allier à l'Éthiopie, royaume du légendaire prêtre Jean et contenir l’expansion mondiale de l'islam au détriment de la chrétienté[17]. Les considérations religieuses s'ajoutaient aux considérations politiques et commerciales : en 1442, puis en 1452, les papes Eugène IV et Nicolas V entérinèrent les conquêtes du roi Alphonse V de Portugal.

En 1453, la chute de Constantinople prive les négociants européens du commerce transméditerranéen. Des relations avec l'Afrique subsaharienne sont progressivement mises en place par Henri le Navigateur. Le Vénitien Alvise Cadamosto organise deux expéditions pour les côtes de l'Afrique subsaharienne, en 1455 et 1456[18].

La traite atlantique débuta en 1441 par la déportation de captifs africains vers la péninsule ibérique pendant plusieurs décennies[19]. La première vente de captifs noirs razziés des côtes atlantiques a eu lieu en 1444, dans la ville portugaise de Lagos[20]. Au siècle suivant, les Portugais convoyèrent les esclaves vers les Caraïbes et l'Amérique du Sud.

Le commerce en droiture

La majorité des navires commerçant avec les colonies ne pratiquent pas la traite négrière mais le commerce en droiture[21]. Le circuit en droiture consiste en un aller-retour direct (sauf escale nécessaire) entre la métropole et la colonie désignée. Le navire part avec de la marchandise vendue dans la colonie (aliments spécifiques, outils nécessaires au fonctionnement des colonies, bijoux, tissu fin pour les colons, tissu grossier pour les esclaves) puis effectue le trajet en sens inverse après s'être chargé de denrées coloniales (coton, sucre, cacao, café, indigo). Commerce direct dont l'aller se révèle peu rentable, il est cependant moins risqué (risque financier moindre car rotation plus rapide et ne nécessitant pas de faire le détour par l'Afrique) et domine aux deux tiers le commerce triangulaire qui est plus tardif[7].

Le commerce triangulaire

Pour ses commanditaires, il représentait le modèle économique le plus sûr : le traitant n'avait pas lui-même à organiser de razzias. Les esclaves étaient simplement achetés à des fournisseurs africains. Les navires négriers partaient de l'Europe les cales pleines de « pacotille » (verroterie, miroirs, objets de parure, coquillages) mais aussi des marchandises de traite de qualité (tissus, alcool, arme à feu, barres de fer, lingots de plomb) troqués sur les côtes africaines contre des captifs, la qualité d'un capitaine se révélant à sa capacité à négocier auprès de ses traitants qui peuvent faire jouer la concurrence[7]. Ils mettaient ensuite le cap sur l'Amérique du Sud, les Caraïbes ou l'Amérique du Nord. Les conditions de détention des esclaves étaient extrêmement dures : attachés par groupes, entassés dans les cales, et seulement sortis de temps à autre pour prendre l'air. « Cargaison » précieuse face au risque financier que prenait l'armateur, leurs conditions de détention s'améliorèrent au cours des siècles, leur taux de mortalité étant de 10 % à 20 %, avec des pics à 40 %. Pour les historiens, l'estimation la plus probable s'établit à 13 % sur les quatre siècles que dure la traite[22] alors que la mortalité moyenne d'un équipage était tout juste inférieure[7].

Les esclaves étaient vendus contre des lettres de change ou des matières premières : sucre, puis coton et café pour approvisionner l'Europe. Les investissements sucriers anglais des années 1660 puis français des années 1680, abaissent son prix, mais fait monter celui des esclaves en Afrique, relançant les guerres tribales.

L'Espagne ignorait le commerce triangulaire. Le traité de Tordesillas lui interdisant les comptoirs en Afrique, elle concédait des licences d'importation, via l'Asiento. Les premiers esclaves africains arrivent à Cuba dès 1513. Mais deux siècles et demi plus tard, en 1763, Cuba ne compte que 32 000 esclaves, 10 fois moins que la Jamaïque anglaise et 20 fois moins que Saint-Domingue. En revanche, de 1792 à 1860, 720 000 Noirs sont introduits par les réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba[23], alors que l'esclavage disparaît à Saint-Domingue et à la Jamaïque.

La création dans les années 1670 de la Compagnie du Sénégal et de la Royal African Company dope le commerce triangulaire. La Martinique n'avait que 2 600 esclaves en 1674, ils sont 90 000 un siècle plus tard. D'immenses fortunes émergent[24], sans se réinvestir dans l'industrie : malgré l'enrichissement des Irlandais de Nantes, l'arrière-pays chouan reste sous-développé. Avec Nantes, Bordeaux et La Rochelle[25] deviennent à la fin du XVIIIe siècle les autres capitales du commerce triangulaire français. Les bateaux sont plus grands, Saint-Domingue reçoit 20 000 captifs par an, le prix des esclaves monte encore, générant des guerres en Afrique.

La traite intra-africaine

C'est la plus ancienne et la plus obscure, car la moins documentée, des trois traites. Elle remonte au moins au XIe siècle[26], a été stimulée par les deux autres, mais n'est devenue dominante qu'au XIXe siècle.

La part de la traite intra-africaine dans l'ensemble de la traite a fortement progressé au XIXe siècle[27], selon le sociologue Peter Manning. Avant 1850, seulement un tiers des captifs africains restaient sur place. Puis entre 1850 et 1880, leur nombre devint supérieur à ceux des traites occidentales et orientales. Après 1880, les interdictions de traite transatlantique commencent à rendre leurs effets et la quasi-totalité des captifs restèrent sur place[28]. Manning estime à 14 millions le nombre d'esclaves restant sur place, soit l'équivalent de la moitié des captifs exportés par les traites occidentales et orientales[28].

Le chercheur canadien Martin A. Klein estime lui que, bien avant 1850, plus de la moitié des captifs restaient en Afrique occidentale[29]. Selon lui, même les années où l'exportation d'esclaves atteignait son intensité maximale, les captifs restant sur place  principalement des femmes et des enfants  étaient plus nombreux[28].

La traite atlantique n'est pas à l'origine de la traite intra-africaine, mais l'augmente et entraîne davantage de guerres tribales. Son existence sert souvent de prétexte humaniste à la constitution des empires coloniaux français, belges, allemand, italien et anglais qui, en effet, y mettent fin mais au prix de la mise sous tutelle coloniale.

Les chiffres établis par Olivier Pétré-Grenouilleau portent à 14 millions le nombre d'Africains réduits en esclavage dans le cadre intra-africain[30].

L'abolitionnisme

Article détaillé : Abolition de l'esclavage.

Dès la fin du XVe siècle, la papauté condamne l'esclavage : c'est le cas de Pie II, de Paul III, de Pie V, d'Urbain VIII ou encore de Benoît XIV[31]. Mais ne pouvant le supprimer, elle cherche ensuite à améliorer les conditions par une action auprès des esclaves (Sœur Javouhey, Pierre Claver, Montalembert).

La Révolution française abolit l'esclavage en février 1794, mais Napoléon Bonaparte tente de le rétablir sans succès en 1802 et organise l'expédition de Saint-Domingue. L'abolition ne sera définitive pour les autres colonies françaises qu'après la révolution de 1848. Dans la plupart des pays, au XIXe siècle, la traite a été abolie bien avant l'esclavage.

Dès 1796, le gouverneur espagnol de la Louisiane, Francisco Luis Hector de Carondelet, avait interdit toute importation d'esclaves. Son prédécesseur Esteban Rodríguez Miró, avait banni en 1786 l'importation d'esclaves nés dans la Caraïbe, la limitant à ceux qui venaient d'Afrique. La piraterie des années 1800 dans la Caraïbe est liée à la traite négrière illégale. La Révolution haïtienne combat cette piraterie, pour rendre la traite plus dangereuse et plus difficile.

Finalement, la traite des Noirs est abolie par le Royaume-Uni en 1807, les États-Unis en 1808, et en France, par le décret du 29 mars 1815[32], quand Napoléon revient au pouvoir lors des Cent-Jours, confirmé par la suite par l'ordonnance royale du et la loi du . Ces trois pays n'aboliront respectivement l'esclavage qu'en 1833, 1860 et 1848[33].

Au congrès de Vienne (1815), Talleyrand obtient de pouvoir participer aux conférences initialement réservées aux quatre vainqueurs des guerres napoléoniennes. Il promettra à Castlereagh de soutenir la position britannique sur l'interdiction de la traite. Malgré l’abolition par plusieurs pays, celle-ci continua de perdurer. En France, elle est illégale mais pas clandestine : jusqu'au milieu des années 1820, des négriers français sont armés à Nantes ou Bordeaux, à la vue de tous. Ils bafouent ouvertement la loi. Entre 1815 et 1833, on recense 353 bateaux de traite à Nantes[24].

Le Royaume-Uni réprime la traite, grâce à la puissance de la Royal Navy, pour des raisons d'équilibre économique. Mais les milieux d'affaires français doutent de sa sincérité. Ils l'accusent de vouloir ruiner la France. Continuer la traite apparaît comme un acte patriotique, pour la richesse de la France.

La traite négrière disparaît grâce à des accords entre la France et le Royaume-Uni : le droit de visite. La Royal Navy croise sur les côtes occidentales africaines. Leur mission : visiter les lieux de la traite et même les navires marchands. Après 1835, on ne dénombre plus que 20 navires français à s'être livrés à la traite. Le Brésil abolit officiellement la traite en 1850[34] (mais l'esclavage seulement le , ce qui cause le renversement de l'empereur Pedro II), alors que le dernier navire négrier arrive à Cuba en 1867[35].

Si la traite atlantique a disparu, une traite persiste entre l'île de Zanzibar et le monde arabe. Alexandrie est de nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'un des principaux marchés à esclaves. On estime à 1,65 million de personnes le nombre des victimes de la traite transsaharienne entre 1800 et 1880[35]. Une nouvelle forme de traite apparaît : le commerce des coolies ou coolie trade.

Le nombre de victimes des traites négrières

Olivier Pétré-Grenouilleau, l'historien qui met le plus l'accent sur la traite orientale, a estimé, en 2004, à 42 millions le total de victimes pour trois traites négrières :

En 1997, Hugh Thomas a estimé au total à 13 millions le nombre d'esclaves « ayant quitté l'Afrique » lors de la traite atlantique, dont 11,32 millions arrivés à destination au moyen de 54 200 traversées. Il affecte au Portugal et sa colonie du Brésil 30 000 de ces traversées[36].

Dans ses estimations le Danemark est censé avoir déporté 50 000 esclaves avec 250 traversées. Or, selon l'historien danois Per Hernaes[37], « on peut estimer aujourd'hui à environ 85 000 le nombre total d'esclaves transportés sur des navires danois entre 1660 et 1806. »

En 2001, David Eltis arrivait à un total de 11 062 000 déportés pour 9 599 000 esclaves débarqués aux Amériques, entre 1519 et 1867. Ce sont ses estimations que Petré-Grenouilleau a reprises dans son livre Les Traites négrières, Essai d'histoire globale. En décembre 2008, David Eltis lance la plus large base de données consacrée à la traite atlantique : The Trans-Atlantic Slave Trade Database, elle fait état de 12 521 336 déportés entre 1501 et 1866[38].

Quant à l'historien Serge Daget, voici ses estimations en 1990 :

En 1982, Joseph Inikori[39] estime à 15 400 000 le nombre de déportés par la traite atlantique, tandis que Paul Lovejoy proposait 11 698 000 [40] déportés (pour 9 778 500 débarqués) ; chiffre qu'il portera à 11 863 000 en 1989[41].

Traite saharienne

Articles détaillés : commerce transsaharien et traite arabe.

En 1979, Ralph Austen présentait des estimations[42], notamment sur la traite orientale :

Traite orientale

Soit au total 14 387 000 individus au départ, et 12 350 000 à l'arrivée et pour l'ensemble des traites arabes.

Toutefois, en 1987[43], Austen porte à 8 millions le nombre de déportés de la « traite orientale » entre 650 à 1920 (au lieu des 5 millions reportés ci-dessus pour la période 800-1890) ; ce qui donnait globalement 17 387 000 déportés pour les traites arabes. C'est cette dernière estimation que Petré-Grenouilleau a reprise en 2004, mais qu'il n'avait pas retenue en 1997. Depuis, Ralph Austen estime à « environ 12 millions » le nombre de déportés par les « traites arabes ».

En 1969, Philip Curtin proposait 9 566 100 déportés par la traite atlantique[44]. Nombre d'estimations ultérieures se sont appuyées sur les travaux de Curtin, en affinant certains aspects (notamment la traite illégale) pour parvenir à des chiffres, ou bien supérieurs (Inikori), ou bien inférieurs (Lovejoy).

Des archives encore inexploitées

Les conséquences

Les différentes traites ont eu une influence profonde sur les sociétés africaines.

L'impact social

Lors d'un colloque sur La tradition orale et la traite négrière [47], il a été présenté que la traite négrière a été dévastatrice pour l'Afrique, à la fois socialement et économiquement.

Selon le professeur Gueye Mbaye :

« dans certains secteurs, les populations avaient renoncé à vivre dans de gros villages pour se contenter de petits hameaux éparpillés à l’intérieur de la forêt et auxquels on n’accédait que par des sentiers le long desquels on avait établi des ruches d’abeilles guerrières qui en interdisaient l’accès à toute cavalerie. C'est compte tenu de tout ceci que les vieillards interrogés sur les stagnations voire la régression de l’agriculture africaine sont unanimes à incriminer "la période des chevauchées permanentes". »

Selon Eduardo Galeano, la situation globale de l'Afrique au temps de la traite négrière est à mettre en parallèle avec celle de l'Amérique et des Amérindiens[48]. Il existe selon lui une indéniable corrélation entre l'extermination de ces derniers et la déportation de millions d'Africains dans les mines et plantations américaines ; entre l'effondrement des cultures (matérielles et spirituelles) amérindiennes au contact des Européens et l'agonie des sociétés traditionnelles africaines au sortir de la conjoncture négrière atlantique.

L'impact économique

Dans sa contribution à l'ouvrage collectif The Oxford History of the British Empire, l'historien David Richardson estime [49] que les profits de la traite négrière n'ont représenté environ qu'un pour cent des investissements réalisés dans les premières années de la révolution industrielle britannique. De grands ports négriers comme Bristol, ou encore Nantes en France, n'ont pas connu de décollage industriel, leur arrière-pays restant rural, car les profits de la traite négrière ont dans leur quasi-totalité été investis dans des placements fonciers.

Du côté africain, la traite a représenté un moyen important d'enrichissement pour les élites en place[50].

Mémoriaux

Clara Sörnäs, Mémorial de l'esclavage à Zanzibar.

Le billet de 500 pesos de Guinée-Bissau évoque la traite négrière.

Notes et références

  1. Laurent Carroué, Didié Collet et Claude Ruiz, Les Amériques, Éditions Bréal (ISBN 2749505305, lire en ligne), p. 32.
  2. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 20-21.
  3. On dit traite des esclaves, de la gomme ou du sucre, lorsqu'on échange des marchandises de traite contre des produits connus, à des prix à peu près stables et lorsqu'on engage des capitaux importants en vue de bénéfices prévisibles dans la mesure où les risques appréciables — tempêtes, maladies, révoltes d'esclaves, piraterie — ne les réduisent pas, Henri Brunschwig, « La troque et la traite », Cahiers d’Études africaines, année 1962, vol. 2, no 7, p.  340.
  4. Définition donnée par l'art. 7, al.2, c), du statut de Rome de la Cour Pénale Internationale.
  5. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 18-20.
  6. Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition, 1932-1935. : « la traite des noirs est le trafic consistant à échanger des marchandises contre des noirs africains ou à les acheter pour les employer ou les revendre en qualité d'esclaves », Le Trésor de la langue française informatisé.
  7. 1 2 3 4 Gérard Vindt, Jean-Michel Consil, « Nantes, Bordeaux et l'économie esclavagiste - Au XVIIIe siècle, les villes de Nantes et de Bordeaux profitent toutes deux de la "traite négrière" et de l'économie esclavagiste », Alternatives économiques, no 325, , p. 17-21.
  8. Claude Wanquet et Benoît Jullien, Révolution française et océan Indien, Prémices, Paroxysmes, héritages et déviances, L'Harmattan, , 526 p. (ISBN 978-2738441102, lire en ligne).
  9. Jean-François Delmas, « Jean-Joseph de Laborde et le domaine de Méréville », État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles... op. cit., p. 182.
  10. Significativement, avant de voir se mettre le Commerce triangulaire en place, la traite atlantique débuta par une période qui vit se poursuivre la déportation de captifs africains vers la péninsule ibérique (cette fois sous contrôle européen chrétien) et ce, pendant plusieurs décennies ; v. Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960.
  11. La Chaîne et le lien, Doudou Diène, (éd.), Paris, Éditions Unesco, 1998
  12. Pétré-Grenouilleau 2003, p. 36.
  13. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 448-451.
  14. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 451.
  15. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 147.
  16. Lombard, Denys, Le Carrefour javanais. Essai d'histoire globale, EHESS, 1990.
  17. De Zurara, 1960, chap. VII, « Dans lequel sont exposées cinq raisons qui poussèrent le seigneur Infant à faire découvrir les terres de Guinée ».
  18. Voyages en Afrique noire d’Alvise Ca Da Mosto, éd. Chadeigne/UNESCO, Paris, 2003.
  19. Gomes Eanes De Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN, Dakar, 1960.
  20. Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée, éd. IFAN-Dakar, 1960, chap. XXIV & XXV.
  21. Paul Bois, Histoire de Nantes, Privat, , p. 146.
  22. Gaugue 1997, p. 50.
  23. http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/cuba_dans_l_empire_espagnol.asp.
  24. 1 2 Jean Sévilla, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, (ISBN 2262017727), p. 251.
  25. Jean-Michel Deveau, La traite rochelaise, Éd. Karthala, , 330 p. (lire en ligne).
  26. Melchior Mbonimpa, Idéologies de l'indépendance africaine, L'Harmattan, , 247 p. (ISBN 2738404308, lire en ligne), p. 33.
  27. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 185-186.
  28. 1 2 3 Pétré-Grenouilleau 2003, p. 7.
  29. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 186.
  30. « La colonisation est-elle responsable des malheurs de l'Afrique », Ambroise Tournyol du Clos, Conflits, hors série no 3, printemps 2016, pp. 18-22.
  31. Jean Sévilla, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, (ISBN 2262017727), p. 252.
  32. Bulletin des lois, 1815 (page 55) - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k486114j.
  33. Delacampagne 2002, p. 208.
  34. Delacampagne 2002, p. 214.
  35. 1 2 Delacampagne 2002, p. 215.
  36. Cf. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, 1440-1870, éd. R. Laffont pour la traduction française, Paris 2006, p. 870-871 : « Statistiques approximatives ». Voir aussi la note consacrée à ces statistiques, p. 933-935, où l'auteur retrace la succession d'estimations depuis les années 1950.
  37. Cf. Traditions orales et archives de la traite négrière, sous la direction de Djibril Tamsir Niane, éd. UNESCO, 2001. Précisément, l'article intitulé « Les forts danois de la Côte de l'Or et leurs habitants à l'époque de la traite des esclaves », p. 114.
  38. « Trans-Atlantic Slave Trade Database », Université Emory (consulté le 6 décembre 2008).
  39. Cf. « Forced Migration », Londres, 1982.
  40. « The volume of the atlantic slave trade : a synthesis »
  41. « The impact of the slave trade in Africa ».
  42. Cf. Ralph Austen, « The Trans-Saharan Slave Trade : A Tentative Census » dans H.A. Gemery & J.S. Hogendorn eds, The Uncommon Market. Essays in the Economic History of the Atlantic Slave Trade, New York, Academic Press, en 1979, pages 66 et 68.
  43. African Economic History. Internal Development and External Dependency, Londres, James Currey, 1987, p. 275.
  44. The atlantic slave trade, a census, Madison, 1969.
  45. « Les archives des compagnies danoises d'outre-mer : une source pour la Route de l'esclave », dans Traditions orales et archives de la traite négrière, sous la direction de Djibril Tamsir Niane, éd. UNESCO, 2001.
  46. « Les archives de la traite en Angola », dans Tradition orale et archives de la traite négrière, éd. UNESCO, Paris, 2001.
  47. (fr) Tradition orale et archives de la traite négrière.
  48. Cf. Eduardo Galeano, Les Veines ouvertes de l'Amérique latine, une contre-histoire, éd. Plon, 1981.
  49. (en) P. J. Marshall, The Oxford History of the British Empire, vol. II : The Eighteenth Century, Paperback, 662 p. (ISBN 9780199246779, lire en ligne).
  50. Pétré-Grenouilleau 2004, p. 505-509.
  51. « Ouidah, le chemin du souvenir », sur lesmemoiresdesesclavages.com (consulté le 25 novembre 2015).
  52. « Le Mémorial Acte de Guadeloupe présenté à Paris », sur la1ere.fr.

Annexes

Bibliographie

Ouvrages historiques

Articles

Témoignages d'époque sur l'esclavage

Œuvres de fiction

Articles connexes

Lien externe

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