Zeus

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L'une des premières représentations de Zeus trônant, coupe laconienne du Peintre de Naucratis, v. -560, musée du Louvre (E 668)

Zeus (en grec ancien Ζεύς / Zeús) est le dieu suprême dans la mythologie grecque. Fils de Cronos et de Rhéa, marié à sa sœur Héra[1], il a engendré, avec cette déesse et avec d'autres, plusieurs dieux et déesses et, avec des mortelles, de nombreux héros, comme l'a expliqué la théogonie d'Hésiode (VIIIe siècle av. J.-C.)[2].

Mythologie

Étymologie

Tétradrachme royaume Seleucide représentant Zeus

Le nom Zeus (nominatif : Ζεύς / Zeús ; vocatif : Ζεῦ / Zeû ; accusatif : Δία / Día ; génitif : Διός / Diós ; datif : Διί / Dií) repose sur le thème *dy-ēu-, issu de la racine indo-européenne *dei- qui signifie « briller ». Elle est également à l'origine du sanskrit द्याउः / dyāuḥ, signifiant « ciel lumineux », et du latin diēs, signifiant « jour »[3]. En grec ancien, on la retrouve dans les mots ἔνδιος / éndios et εὐδία / eudía qui désignent respectivement le midi (l'apogée de la journée) et le beau temps. Ce nom entre dans la composition de nombreux mots : le nom des Dioscures (Διόσκουροι / Dióskouroi, les « jeunes de Zeus »), la cité de Dioscourias, etc. Les Grecs juraient souvent par le nom de Zeus, via les expressions Μὰ τὸν Δία / Mà tòn Día et Nὴ τὸν Δία / Nề tòn Día.

Enfance

Rhéa, Amalthée allaitant et la danse des Curètes (dessin d'un bas-relief d'autel romain)
Rhéa présentant une pierre emmaillotée à Cronos (dessin du bas-relief d'un autel romain).

Zeus est, selon Hésiode, le dernier-né des six enfants du Titan Cronos et de sa sœur Rhéa[4]. Cette descendance sera considérée comme la branche olympienne par opposition à celle des Titans. Cronos, craignant la prédiction de ses parents, Ouranos et Gaïa, qu’il engendrerait un rival qui régnerait à sa place, avalait ses enfants dès leur naissance. Pour qu'un de ses fils échappe à ce sort, Rhéa, sur le conseil de Gaïa, substituera au dernier-né une pierre emmaillotée. Emporté en Crète[5], il fut élevé par les nymphes du mont Ida[6], allaité grâce à la chèvre Amalthée dans une grotte secrète de Lyctos. Ses cris qui auraient pu trahir sa présence furent couverts par le fracas des armes que les Courètes[7] entrechoquaient dans leurs danses guerrières.

Le culte d’un Zeus « Krêtagénês »[8] dans une grotte de cette montagne remonte à l’époque dite minoenne (-2000 - -2500).

Avènement

Zeus recevant l'hommage des dieux de l'Olympe (dessin d'un bas-relief)

Ses premiers gestes d’adulte seront d’évincer le titan cruel qui l’a engendré : Cronos, géant monstrueux et primitif comme Ouranos, avide de pouvoir sans partage, le père provoquant des avortements à coups de pied et le fils engloutissant à son repas ses nouveau-nés. Si Ouranos fut neutralisé par son propre fils qui l’émascula au moment d’une étreinte avec Gaïa, Zeus va entreprendre à son tour d’abattre la puissance de Cronos. Courtisant la Titanide Métis, qui devait devenir sa première épouse, il la persuade de faire absorber à son père une boisson émétique. Cronos va ainsi rejeter tous les enfants engloutis[9]. Zeus retrouve ses sœurs : Hestia, leur aînée, qui restera vierge, Déméter et Héra, qui seront ses épouses successives. Héra restera sa dernière épouse, maintes fois bafouée ; ils s'aimèrent pour la première fois « à l'insu de leurs parents[10] ».

La Titanomachie

Avec l’aide de ses frères et de divinités ralliées à sa cause, Zeus entreprend de renverser les Titans. Des enfants de la déesse Styx, son alliée des Enfers, le rejoignent, ainsi que certains fils de Gaïa délivrés pour l’occasion du Tartare : les trois Géants Cyclopes Argès, l’Éclair, Brontès, le Tonnerre, et Stéropès, la Foudre, tous trois forgerons des armes de Zeus, et trois autres Géants, nés du « sang » de l’émasculation de leur père Ouranos : Briarée et ses deux frères Cottos et Gyès. Ces derniers, appelés les Hécatonchires, « géants aux-cent-bras »[11], retiendront les Titans éternellement derrière des portes de bronze dans les ténèbres insondables au-dessous de l’Hadès après la victoire de Zeus[12]. Toutes les Titanides et certains Titans, dont Japet et Océan, qui sera le géniteur de tous les dieux et déesses aquatiques, resteront en retrait de cette guerre qui durera « dix grandes années divines ».

Une fois la guerre contre les Titans terminée, Zeus et ses deux frères aînés Poséidon et Hadès se partageront l'univers, le premier s'appropriant le Ciel, le second, la Mer, le troisième, le monde souterrain.

La Théomachie olympienne

La Gigantomachie

Gaïa, après avoir ruminé sa haine, avait incité à la guerre ses enfants, les Géants (Gigantès ou Gegeneïs, nés de la Terre) pour détrôner Zeus et délivrer les Titans du Tartare. Ces monstres étaient à la fois immunisés contre les coups des divinités et immortels sur leur terre natale[13]. Zeus dut engendrer avec Alcmène, sa dernière maîtresse mortelle connue, un héros à la force sans égale : Héraclès dont les flèches, empoisonnées au sang funeste de l’Hydre de Lerne, feront merveille.

Les frères Otos et Éphialtès, Géants facétieux, entreprirent d’atteindre le ciel et d’y menacer les dieux. Ils empileront sur l’Olympe les montagnes Pélion et Ossa mais seront détournés de leur intention par leur père Poséidon avant que ne les frappe la foudre de Zeus. Dans une autre version, ils sont rapidement vaincus et enfermés dans le Tartare par Apollon, sa sœur Artémis et leur père Zeus.

Le complot d’Héra

Aidée d’Apollon et d’Athéna, elle réussit à enchaîner Zeus, mais Briarée alerté par Thétis vint délivrer le dieu. Cet épisode est raconté par Homère dans l’Iliade[14], mais il rend compte d’un événement isolé et difficile à situer dans l’ensemble. Pourtant, il commence à éclairer la situation paradoxale d’un Zeus maître de l’harmonie du monde, mais aussi, en vertu des lois qu’il se doit d’imposer, d’un tyran implacable. L’opposition qui lui sera faite, loin de le détrôner, fera quelques brèches dans son invulnérabilité et contribuera fortement à recentrer la mythologie sur l’Humanité, nouveau théâtre et centre d’intérêt des actions divines.

Le rival Prométhée

Le combat contre Typhon

Zeus combattant Typhon, hydrie chalcidienne à figures noires, v. 550 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen

Ce fut le plus terrible combat que Zeus eut à engager. Ce monstre immortel aux cent têtes de dragon, menaça l'Olympe avant que les traits de foudre de Zeus ne le fissent reculer et rejoindre les Titans dans les profondeurs du Tartare, d’où il souffle, depuis, sa rage en ouragans dévastateurs. Cette version simple par Hésiode est, du point de vue de la continuité du récit, la plus satisfaisante.

Pourtant, la naissance de ce monstre a été l’occasion de faire de Zeus, dans un curieux épisode mouvementé et décrit avec des variantes selon les auteurs[16], un personnage faible et même désemparé, mettant en péril, par son état d’impuissance — laissé à terre, pantin désarticulé, sans les tendons de ses quatre membres, qu’il devait finalement recouvrer — la cohésion même de l’univers. Cet épisode montre des analogies avec la lutte de Baal et de Çéphôn de la fable phénicienne ; on a pensé aussi à le rapprocher de la légende du « Seth » égyptien poursuivant Osiris. C’est un exemple où chez les Grecs la théogonie rejoint précisément la cosmogonie. Par ailleurs, le mythe de Typhon, génie maléfique et indestructible, resurgira plus tard dans d’autres religions pour incarner Satan.

Épouses

La polygamie successive de Zeus discorde avec la monogamie des mœurs grecques[réf. nécessaire]. Les alliances de Zeus furent d’abord nécessaires pour étoffer le Panthéon et assurer la diversité des fonctions et des attributions divines[réf. souhaitée]. La multiplicité de ses mariages peut aussi s'interpréter comme une preuve de puissance[réf. souhaitée].

La naissance des trois Moires[18] reste une interrogation : Hésiode les donne comme les filles du couple royal elles aidèrent Zeus dans son combat contre les Titans — mais sont aussi désignées comme les filles de Nyx, créature divine née du Chaos qui les engendra sans principe mâle. Cette naissance spécifique résout l’ambiguïté de Zeus, dieu des destinées mais obéissant à la volonté du destin dont il ne doit, pas plus qu’aucun autre dieu, changer le terme. Les deux illustres chantres, Homère et Virgile, le peignent toujours comme le simple exécuteur du destin, une balance d’or dans ses mains, accréditant ainsi une force indépendante à laquelle se soumettent les dieux de l’Olympe.
Mais plus sûrement, le nom de Dioné étant une forme féminine de Zeus[19], quelques auteurs penchent pour une « déesse–mère » de tradition évidemment méditerranéenne, un pendant du dieu patriarcal ; ou alors pour un avatar de la femme de Zeus, à laquelle Héra aurait été peu à peu assimilée.
Héra, intransigeante sur les liens du mariage, est le modèle de l’épouse fidèle et protectrice de la femme. Son irascibilité, sa jalousie et sa rancune seront des sujets perpétuels d’ennui pour le maître des dieux qui s’enflamme à la vue de toute nymphe quelque peu désirable ou toute autre belle créature céleste ou terrestre dont la déesse devient invariablement la persécutrice. Les deux sommités olympiennes formeront l’image du couple exemplaire sinon dans la fidélité, du moins dans la stabilité. Leur liaison amoureuse a été largement exaltée par les auteurs grecs depuis leurs fiançailles jusqu’à leur lune de miel[22].
Héra qui a eu un culte distinct de Zeus est montrée dans la mythologie d’un caractère très contrasté. Tantôt victime de la colère vengeresse de son époux: Zeus la pend aux nues par les pieds avec une enclume attachée à chaque poignet pour la châtier de ses vexations à l'égard de son fils Héraclès, elle peut aussi lui opposer une forte résistance et jusqu’à la traîtrise, puisque, selon un récit, elle n’aurait pas hésité, sans l’intervention de Thétis, à neutraliser son pouvoir. À tel point que l’Iliade lui a attribué l’enfantement de Typhon, considéré généralement comme une créature du Tartare. Si certaines contrées honorèrent son culte : l’Élide, Argos ou Samos, sous un tempérament belliqueux, elle personnifie, plus habituellement, de sa beauté digne et sévère attestée par la statuaire, les principes moraux de la famille : union légitime, fidélité conjugale (du moins en ce qui la concerne), maternité, enfantement et éducation des enfants[23].

Fonctions

Zeus, en reléguant les Titans dans les bas-fonds du Panthéon, des créatures frustes et malfaisantes, débute la grande mythologie olympienne et préfigure la maturité de la culture grecque, car Zeus et ses congénères vont vivre désormais intensément à travers des récits imaginatifs, une littérature de haute volée et un goût artistique prodigieux. Les Titans vaincus tomberont dans l’oubli et resteront à jamais sans culte pour les honorer. Il n’est guère de contrées préhelléniques qui ne fassent référence de près ou de loin à un maître-dieu, d’une stature similaire à celle de Zeus.

Dieu du Ciel

Zeus tenant le foudre et un aigle (?), amphore du Peintre de Berlin, -480/-470, musée du Louvre

Zeus Upatos, Upsistos (très-haut, suprême)

Zeus, maître de la destinée, est parfois représenté ou décrit avec une balance où s’estime le sort octroyé à chacun. En dépit de ceux qu’il aimerait favoriser, même si les péripéties peuvent en être modifiées, il ne change pas le destin, mais le réalise, fatalisme entre autres illustré par le châtiment infligé à Asclépios, qui osa ressusciter un mort. Il a reçu, au cours du partage du monde, la sphère céleste, la partie la plus considérable, la plus imposante et la plus mystérieuse aux yeux du genre humain. Le Ciel est un poste privilégié : Zeus observe les actions des hommes, peut intervenir et les corriger. Hésiode écrivait : [Où ?]L’œil de Zeus voit tout, connaît tout. Ce domaine inaccessible aux hommes va paradoxalement le rapprocher d’eux. Maître d’en haut, ce dieu commande à toute la machinerie atmosphérique. Il est le maître du temps météorologique : orages, tonnerres, pluies, neige, grêles, foudre[24], bourrasques, trombes, nébulosités… mais aussi les canicules et les sécheresses. Le dieu peut se montrer dans « son mauvais jour » : Zeus Terpichéraunos (qui aime manier la foudre) ; Zeus Néphélégèrétès (qui accumule les nuages) ; Zeus Maïmaktès (qui souffle la tempête) etc. Le bien-être de l’humanité dépend de ses volontés, de ses caprices ou de ses colères.

Les montagnes dont le sommet tutoie les nuages et les éclairs vont être le truchement sacré et privilégié entre Zeus et les hommes : l’Olympe principalement (la plus haute : environ 2 900 m), mais aussi le Parnès (en Attique, Zeus Ombrios, le dieu des pluies) ; le Pélion (en Thessalie, Zeus Akraïos, le dieu du sommet) ; le Lykaion (en Arcadie l'actuelle Diaphorti : Zeus Lykaïos) etc. C’est de ces hauteurs terrestres qu’il descend parfois vers les Hommes et c’est tout naturellement qu’Iris dont l’arc coloré joignait la terre aux cieux fut sa messagère. La vallée de Tempée, creusée par les eaux du Pénée entre l’Olympe et l’Ossa [25],[26] est attribuée au bras puissant de Zeus qui sépara la montagne. Cet événement était fêté pendant les Pélôria (Zeus Pélôrios, tout-puissant) devenue une grande fête de la moisson. La richesse et la fertilité de la terre sont en son pouvoir.

Pour les moissons : à Athènes, c’est Zeus qu’on célébrait pendant les Bouphonia (sacrifices de bœufs) et les Pandia (fête des plantations) pour s’attirer la faveur de Zeus Épikarpios (dieu qui donne des fruits) et, en automne, on fêtait régulièrement le Zeus Géôrgos (dieu cultivateur). Zeus fut sans doute l’amalgame des multiples divinités de la terre.

Un dieu justicier et protecteur

Zeus Pátêr (πατήρ άνδρῶν τε θεῶν τε[28] / patếr ándrỗn te theỗn te)

Dans Les Travaux et les Jours, Hésiode s’adresse à Zeus afin qu’il replace les lois dans l’équité. Le premier acte du dieu est de neutraliser ses encombrants ancêtres préolympiens, de libérer les innocents suppliciés et de rétablir sa fratrie légitime. Sûr de sa force et de son bon droit, il sera désormais « le père des dieux et des hommes ». Homère avait, à juste titre, fait de Zeus, dans l’Iliade, l’aîné de la famille. Car c’est bien en véritable grand frère qu’il va exercer son autorité. Plus tard, sa nombreuse progéniture, divine ou mortelle, renforcera ce caractère de patriarche de la famille. De par son aspect de dieu-père d’inspiration indo-européenne mais immergé dans une société méditerranéenne où prédominent les déesses-mères, Zeus est, selon Louis Séchan, « pour l’essentiel, la grande divinité des immigrants hellènes ». Homère, en mêlant les dieux aux affaires des hommes, va contribuer puissamment à « humaniser » les divinités et ainsi renforcer les liens entre eux. Hérodote faisait déjà la différence entre la divinité « à forme humaine » des Asiatiques (ανθρωποειδείς / anthrôpoeideís) et la divinité « à nature humaine » des Grecs (ανθρωπουφυείς / anthrôpouphueís)[29].

Il est le grand protecteur des liens du mariage (Zeus Téléïos, dieu qui accomplit) ; du foyer domestique (Zeus Ktêsios, dieu domestique) ; de la propriété familiale (Zeus Herkéios, dieu de la clôture)[30] ; de la famille ou droit du sang (Zeus Sunaïmos, dieu de la race) ; de la sécurité de la cité (Zeus Polioûkos, dieu qui protège la ville)[31]. Il est le dieu bienveillant des rois — ils sont souvent issus de héros — et le dieu de toutes les royautés car elles émanent du pouvoir divin : sur terre, les souverains sont l’équivalent des dieux et Homère ne craint pas de les qualifier de « dioguénès » et de « diotréphès » (né de Zeus et nourri par Zeus). Il est encore le garant des libertés civiques (Zeus Éleuthérios, dieu libérateur)[32] ; des pactes et des serments (Zeus Orkios, dieu des serments), etc.

Un dieu bienfaiteur et sauveur

Zeus Sôtêr

Il n’y a pas d’autres dieux qui soient autant invoqués par les Grecs pour le secours et la sauvegarde. À l’esprit des grands capitaines, pas de décisions importantes sans le consulter. On lui sacrifie après un voyage et on l’invoque avant d’entreprendre : Zeus Alexikakos, qui écarte les maux. De nombreux ports ont un temple dédié à Zeus Sôtêr (dieu salvateur). Les Athéniens célèbrent, le dernier jour de l’année, la fête des Disotéria. On l’invoque pour se faire pardonner en offrant des sacrifices à Zeus Meïlikios[33]. Zeus est surtout un dieu purificateur et cela donne lieu à des fêtes importantes à Athènes : les Diasia (fêtes de Zeus, « dios »). En automne, une période de sacrifices d’ovins à Zeus Phratrios durait de 3 à 4 jours, à Athènes et dans les grandes cités : c’étaient les Apaturies (Apatouria) ou fêtes des phratries. Les sacrifices sont en effet un moyen d’atteindre le dieu et d’obtenir la purification et la réconciliation. Tout criminel ne doit pas être puni avant d’être purifié car il s’est souillé aux yeux de Zeus et porte atteinte aux lois divines et non plus aux lois des hommes qui ne réclament que vengeance[34].

Zeus est par nécessité un dieu qui délivre des présages et il se montre attentif aux suppliques (Zeus Hikésios, dieu des suppliants) et, selon Hésiode, le recours suprême des opprimés[35]. Zeus communique ses intentions par des moyens variés : ornithomancie (vol des oiseaux), oniromancie, bruits (les klèdonès), extase, tirage au sort (les Klèroï ; latin : sortes), et nombre de manifestations atmosphériques. Trois principaux sanctuaires lui furent consacrés pour entendre ses oracles.

Dieux similaires

Les dieux Indra chez les hindous, Jupiter dans la mythologie romaine, Odin et Thor chez les Scandinaves, Teutatès chez les Gaulois occupent une place similaire. Ils ont également des traits communs ; notamment, ils portent le foudre, faisceau de dards de feu en zigzags terminés par une flèche.

Les sanctuaires

Ruines du temple de Zeus Dodonaios à Dodone
Jupiter-dodonéen
Jupiter-Ammon, aux cornes de bélier
Jupiter foudroyant
Hérodote a décrit le lieu où s’élevait un sanctuaire dédié au dieu Amon (pour les Égyptiens) ou Zeus Ammon (pour les Grecs) et coulaient des sources dont la Fontaine du Soleil qui servait aux lustrations. On y entretenait grâce à la fraîcheur des lieux « un printemps perpétuel ». Les oracles y étaient rendus par des prêtres qui devaient interpréter les signes envoyés par le dieu.
Pindare, le plus grand poète lyrique grec qui a beaucoup célébré Apollon, a toujours placé Zeus au-dessus de tous les autres. Le poète mystique thébain écartait tous les récits qui ne donnaient pas une idée assez digne de la puissance divine, et ses conceptions religieuses d’une haute valeur morale ont été bien plus élevées que celles d’Homère. Sa vénération pour le maître des dieux était si grande que son dieu tout-puissant semble « se rapprocher du dieu suprême d'une religion monothéiste »[44]. Pindare, respectueux des divinités les plus anciennes vouait un culte particulier au Zeus-Ammon libyen. Il lui avait, dit-on, non seulement consacré des hymnes mais aussi érigé une chapelle.
Les auteurs anciens (Plutarque, Diodore de Sicile, Strabon, Macrobe, etc.) se rejoignent sur le culte de Jupiter entretenu à Thèbes (dite aussi Diospolis-Magna) et coïncidant avec celui d’Amon qui est à l’origine le dieu roi en Égypte. Ce Jupiter (Zeus Kératophoros) est représenté avec le front armé des cornes d’un bélier (rarement avec la tête entière), autre animal mythique égyptien qui représente la force génératrice de la Nature[45]. Le bélier était le premier des douze signes célestes, système où Jupiter représentait pour l’Oracle de Claros, le Soleil du printemps.
L’Oracle de Libye eut une réputation qui s’étendit bien au-delà de la contrée. Il avait eu la faveur des Lacédémoniens qui lui avaient fait élever un temple « dans les sables » de Libye, aujourd’hui l’oasis de Siwa, à quelque 250 km de la côte libyenne qui fait face à la Crète. Le culte de Jupiter-Ammon, que les Éléens honoraient déjà dans la plus haute Antiquité, selon Pausanias (livre sur la Laconie), se rencontrait également en Éthiopie et s’était, à partir de là, établi jusqu’en Crète qui fut la terre d’introduction en Grèce de ce dieu libyen qui y renaîtra en un Jupiter foudroyant. Son culte gagnera la Laconie, l’Arcadie et l’Élide. Le culte de Jupiter-Ammon a ainsi été commun aux trois pays du nord-est africain. Selon Diodore de Sicile et Eusthate, une procession avec la statue d’Ammon enchâssée à la tête d’un cortège des images des autres dieux, partait chaque année de Diospolis, en Haute-Égypte, pénétrait en Éthiopie, puis en Libye, et revenait après un périple de douze jours[46]. L’Ammon crétois et le Zeus grec furent peu à peu confondus en une même déité.

Une mythologie unifiée

Tête colossale de Zeus d'époque hellénistique attribuée à Euclide, musée national archéologique d'Athènes (inv. 3377)

L'importance de Zeus dans tous les domaines deviendra si constante qu’elle s'érigera au-dessus de tous les autres cultes. Eschyle écrivait : « Zeus est l’éther, Zeus est la terre, Zeus est le ciel, oui, Zeus est tout ce qu’il y a au-dessus de tout. » Si certaines divinités furent adorées plus particulièrement dans certaines régions, Zeus est toujours demeuré le dieu universel honoré partout. Il fut véritablement le trait d’union panhellénique. Les épithètes (ou « épiclèses ») que reçut ce dieu paternel sont innombrables. Beaucoup de dieux de l’Olympe dans l’entourage de Zeus sont des personnifications de notions morales : justice, sagesse, beauté, destin, vengeance, etc. ou les instruments de lois divines comme les Trinités : Moires, Érinyes, Gorgones ; l’historien Michael Grant et John hazel rappellent que Xénophane et Platon se sont indignés de certains récits qui faisaient des dieux des personnages caricaturaux, sans morale et sans mœurs[47].

« Ce qui unit tous les Grecs, même sang et même langue, sanctuaires et sacrifices communs, semblables mœurs et coutumes, cela, les Athéniens ne sauraient le trahir… » Telle fut la réponse des Athéniens à l’inquiétude de leurs alliés spartiates, la veille de la bataille de Platées, en -479[48].

Amours

Zeus est célèbre pour ses innombrables aventures avec des mortel(le)s, des déesses et des nymphes : Danaé, Alcmène, Sémélé, Léto, Europe, Ganymède, etc. Il est le père de nombreux dieux : Arès, Athéna, Dionysos, Hermès, Apollon, Aphrodite et Artémis ; de nombreux héros : Héraclès, Persée, Castor et Pollux, entre autres.

Ces nombreuses infidélités de Zeus à sa troisième femme, Héra, — après Métis et Thémis — sont la cause de fréquentes disputes entre les divins époux. De plus, la déesse se montrant d'un caractère très vindicatif, elle poursuivait souvent de sa vengeance les maîtresses (Io, Léto, etc.) ou même les enfants (Héraclès) de son mari.

Io et Zeus, par Le Corrège
Avatar Femme/Maîtresse
Amant
Enfants(s)
Apparence d'Amphitryon Alcmène Héraclès
Ananké Les Moires
Satyre Antiope Amphion, Zéthos
Astéria
Calliope Les Corybantes
Apparence d'Artémis Callisto Arcas
Calycé Éthlios, Endymion
Carmé Britomartis
Pluie d'or Danaé Persée
Déméter ou Styx Coré, aussi appelée Perséphone
Cheval Dia Pirithoos
Dino Orséis, Cyllène (?), les naïades (?), Scamandre (?)
Dioné ou Thalassa (?) Aphrodite
Dorippé ou Pyrrha Hellen
Aigle Égine Éaque
Élara Tityos
Électre Dardanos, Émathion, Iasion, Harmonie
Thyia Magnès[49]
Éos Hersé (homonymie)[Laquelle ?]
Éris (?) Até, Tyché et les Lites
Eunomie, Héra, Aphrodite ou Eurynomé Hégémone
Taureau blanc Europe Minos, Rhadamanthe, Sarpédon
Fourmi[50] Euryméduse Myrmidon
Eurynomé Les Charites
Gaïa Tityos, Manès
Aigle Ganymède
Héra Ilithyie, Hébé, Héphaistos, Arès, Ényo (?) et Éris (?)
Himalia Cronios, Spartaios, Cytos
Hybris, Thymbris ou Callisto Pan
Nuage Io Épaphos
Iodamé Thébé
Lamia
Laodamie Sarpédon
Cygne Léda ou Némésis Castor et Pollux, Clytemnestre (?), Hélène
Léto Apollon, Artémis
Maïa Hermès
Méra Locros
Métis Athéna
Mnémosyne Les Muses : Calliope, Clio, Erato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie, Uranie
Niobé Argos, Pélasgos
Olympias Alexandre le Grand
Pandore Latinus
Serpent Perséphone Zagrée
Ploutô Tantale
Podarge Xanthe et Balios
Protogénie Éthlios, Étolos
Séléné Hersé, Pandia, le lion de Némée (?)
Sémélé Dionysos
Taygète Lacédémon
Thalie ou Arémosyne (?) Les jumeaux Paliques
Thémis Les Heures, les Moires, Astrée, Némésis
Thémisto Ister

Épithètes homériques, attributs et sanctuaires

Il règne sur le Ciel et a pour symboles l'aigle et le trait de foudre[52].

Sources

Bibliographie

Articles connexes

Notes

  1. Bonnafé 1993, p. 87
  2. Bonnafé 1993, p. 85
  3. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck, 1999 (édition mise à jour), 1447 p. (ISBN 978-2-25203-277-0) à l'article Ζεύς.
  4. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 468.
  5. Bonnafé 1993, p. 101
  6. Aujourd'hui mont Psiloriti, en Crète ; selon une autre version, le mont Dikté, aujourd’hui Lasthi.
  7. Jeunes dieux crétois mineurs. Du grec kouroï, « jeunes hommes ». Selon Hésiode, ils étaient les enfants des cinq filles d’Hécatéros et ils finiront foudroyés par Zeus lui-même. Voir l’enlèvement d’Épaphos.
  8. « Né en Crète »
  9. Et même la fameuse pierre qui le sauva et qui fut placée en souvenir au sanctuaire de Delphes. Parfois assimilée à l’« omphalos », une pierre sacrée qui marque en cet endroit le centre de la Terre.
  10. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XIV, 294
  11. Du grec : hékaton- kheïres (mot à mot : « aux cent mains »). Ils auraient aussi cinquante têtes.
  12. Toute cette parenté de monstres sont parfois nommés les Ouranides.
  13. Identifiée à la région de Palléné, en Thrace.
  14. Chant I (396)
  15. Mots repris du titre d’une tragédie d’Eschyle, que l’on suppose la seconde partie d’une trilogie, dont l’existence n’a d’ailleurs jamais été formellement établie.
  16. Hérodote (III, 5) ; Pseudo-Apollodore (I, 6, 3) ; Nonnos de Panopolis (poète des Dionysiaques), etc.
  17. Ou les Saisons : il s’agit des trois saisons : printemps, été, hiver.
  18. Ou les « Destinées » : Clôtho qui dévide le fil de la vie ; Lachésis qui le mesure; Atropos qui le coupe.
  19. voir Dodone, au paragraphe des sanctuaires.
  20. On retrouve Maia chez les Italiques qui donnèrent son nom au mois printanier : « maius », mai.
  21. Seul Hésiode fait de cette dernière un enfant du couple car Ilithye apparaît chez Homère comme une divinité multiple.
  22. Homère et Hésiode, bien sûr, mais aussi Euripide, Pausanias, etc.
  23. toutefois elle apparut une fois adepte de l’eugénisme lors de la naissance de son trop laid et difforme Héphaïstos qu’elle rejeta sans pitié.
  24. son attribut le plus fréquent : le trait ou les carreaux de foudre, ou l’aigle porte-foudre. Zeus Kéraunios, qui lance la foudre.
  25. en Thessalie ; appelée « la vallée délicieuse » par la douceur et la fraîcheur de son climat
  26. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre VII 7 (173)
  27. Zeus occultera également celui-là même de Dionysos, comme dans le temple de Mégalopolis (Zeus Philios).
  28. C'est-à-dire « père des dieux et des hommes ».
  29. Cité dans la Revue des deux mondes de 1898, p. 60.
  30. L’autel du dieu se plaçait dans la cour de la maison ; l’équivalent des Pénates romains.
  31. Zeus va se substituer à l’ancien culte d’Athéna Poliade, protectrice de la ville d’Athènes.
  32. La fête des Éleuthéria fut instituée pour le remercier après la victoire de Platées. On célébrait alors des jeux commémoratifs (jeux pentétérides, tous les 5 ans).
  33. Mot à mot : « doux comme le miel » et, par extension, de bonne disposition, prêt à pardonner ou à accueillir les sacrifices. Il est honoré sous cette épithète à Athènes et à Sycione qui organisait les Jeux pythiens.
  34. Ainsi le sanguinaire Thésée et les Danaïdes assassines furent d’abord purifiés.
  35. Voir ainsi sa pitié envers Ixion, Apollon, Prométhée, Sarpédon, Hermès, Ariane, etc.
  36. Région sud-ouest de l’Épire (aujourd’hui vallée proche de Ioannina).
  37. Hérodote, II, 50.
  38. Ce culte du chêne, arbre sacré (et nourrissant) était présent un peu partout, tel celui, latin, de Jupiter Fagutalis.
  39. « Σελλοί » ou « Έλλοί ». Georg Friedrich Creuzer (Religions de l'Antiquité…, 1835) écrit que ce nom de « Helles » « selon toute apparence est la tige primitive des “Hellènes” ».
  40. On pense que leurs prédictions émanaient de l’oniromancie, par « incubition » (latin incumbere, se coucher).
  41. Par étymologie, on a rapproché ce féminin de l’adjectif « dios, diou, dion ; divin, de Zeus ».
  42. Mais ensuite nécessairement interprétés par la cohorte des prêtres.
  43. Au mois delphien de busion (environ mars), qui correspondait au mois attique élaphébolion.
  44. Jacqueline Duchemin, université Paris-X, in EU 2008.
  45. Alexandre, les rois de Syrie et de Cyrénaïque sont parfois représentés sur les monnaies, en tant que rois de Libye, avec des cornes.
  46. Dupuis, Les origines de tous les cultes, 1835.
  47. Grant et Hazel 1955, p. 384.
  48. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] (VIII, 144), cité par Pierre Sineux, auteur de Qu’est-ce qu’un dieu grec ? (Klincksieck, 2006).
  49. Catalogue des femmes [détail des éditions], fr. 7 MW.
  50. Clément d'Alexandrie, Exhortation aux Grecs (Protreptique) [lire en ligne], 39.
  51. L'usage veut que l'attribut de Zeus soit du genre grammatical masculin, comme dans la langue poétique ou vieillie (Trésor informatisé de la langue française
  52. Le foudre est représenté le plus souvent par un faisceau de carreaux (traits d'arbalète) enflammés.
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